‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 4 sur 103 · LIVRE IX (1S · texte numérisé non relu

LIVRE IX (1S

soin fut confié, après que chaque membre eut prêté le serment de tenir secret ce qui serait fait et dit. Ce serment prêté, d'Assonleville répéta, mais en la développant, la communication de Requesens ; il fit connaître aussi les résultats de la commission donnée naguère à Hugo Bonté, ancien pensionnaire de Middelbourg, et des conférences de Marnix avec le prince d'Orange *. Le discours du conseiller fut plus long que le gouverneur ne l'eût voulu et qu'il ne l'avait ordonné, et il contenait même, au dire de Requesens, plusieurs impertinences.

Le lieutenant de Philippe II dut être médiocrement flatté, en effet, lorsque d'Assonleville, après avoir rappelé tous les efforts de l'Espagne pour réduire les provinces soulevées, reconnut l'impuissance de ces tentatives. « En somme, dit-il, nous demeu- <i rent les plaies de Dieu, à savoir : diminution de la foi, guerre <t civile par mer et par terre, cherté extrême et quasi famine, «t avec la perte de plusieurs lieux et une prochaine et nouvelle <i confusion, plus grande que la première ^. i>

Les membres de la junte eurent quatre ou cinq réunions, et leur langage fut encore plus libre que celui du conseiller d'Assonleville. On entendit dire qu'il fallait faire sortir les étrangers du pays et revenir en tout au gouvernement ancien. Enfin le secrétaire Berty rédigea un résumé des divers avis, et ce résumé fut envoyé au roi. La junte avait, à l'unanimité, conseillé de saisir l'occasion qui s'offrait de négocier avec le prince d'Orange et les états de Hollande et de Zélande, sous les réserves exprimées par le gouverneur, quant à la religion catholique et à la souveraineté du roi. Les commissaires royaux se tiendraient à Breda et ceux des états de Hollande et de Zélande à Gertruidenberg ; les confé-

' Voir livre VII.

^ Le discours ou proposition du conseiller d'Assonleville est aussi dans la Correspondance de Philippe II, t. lil, pp. 374-577.

rences auraient lieu entre ces deux villes dans un lieu de l'obéissance du roi. Là junte avait aussi conseillé d'envoyer sans retard le docteur Elbertus Leoninus près du prince d'Orange pour déterminer avec lui les préliminaires et les conditions de cette conférence ^ Requesens se conforma à ces résolutions. La popularité toujours croissante de Guillaume le Taciturne l'effrayait. Il mandait à Philippe II qu'il n'y avait pas dans tout le pays une seule maison où le prince d'Orange n'eût quelqu'un à sa dévotion. Les états de Brabant et de Flandre, ou du moins la plupart de leurs membres, étaient en correspondance avec lui : ils avaient eu soin de l'instruire de la mutmerie des troupes espagnoles et de l'impossibilité pour le gouvernement de trouver un seul réal ; ils lui avaient donné en outre l'assurance qu'ils n'accorderaient pas les «t aides i- . Du reste, le mécontentement était général. Le duc d'Arschot et le comte Charles de Berlaymont eux-mêmes avaient dit plusieurs fois à Requesens, en plein conseil, que la nation se soulèverait et établirait de son autorité un nouveau gouvernement; qu'ils l'en prévenaient quoique bons vassaux et serviteurs du Roi, prêts à mourir à ses côtés ^.

Dès le 30 novembre, Elbertus Leoninus reçut, de la part du lieutenant de Philippe II, une lettre qui le chargeait de se rendre vers le prince d'Orange , pour lui faire entendre, ainsi qu'aux états de Hollande et de Zélande, que le gouvernement royal était disposé à les ouïr et à leur communiquer les inten-

' Requesens au Roi, i\ décembre 1574. [Correspondance de Philippe II, t. m, pp. 577-580.) — Voir aussi : Avis de Maximilien Vilain, baron de Rassengbien, donné dans la junte d'État, convoquée par le grand commandeur de Caslille, sur les négociations à ouvrir avec le prince d'Orange et les états de Hollande et de Zélande. [Analectes Belgiques, t. !I, p. 469.)

2 Requesens au Roi, W et 15 décembre 1574. [Correspondance de Philippe II, t. III, pp. 210 et 219.)

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