‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 31 sur 103 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

Berlaymont, après avoir laissé une garnison à Oudewater, feignit une fausse attaque sur Woerden et parut devant Schoonhoven, petite ville située sur le Leck, à trois lieues d'Oudewater. Elle fut bloquée le 12 août. La garnison se composait do sept cents hommes, Wallons, Anglais, Écossais et Hollandais. Ce nombre eût été suffisant si la bourgeoisie avait été aussi brave que celle d'Oudewater. Mais, catholique, elle avait d'abord tenu le parti du Roi et ne s'était rendue au:x insurgés que parce qu'elle n'espérait plus aucun secours. Les orangistes ayant essayé de défendre Schoonhoven, la flottille qui amenait des renforts fut dispersée dans la nuit du 1 o août. Un des héros de Leyde, le colonel de La Garde, chef de l'expédition, réussit cependant à pénétrer dans la ville. Pendant deux jours, les Espagnols la battirent avec vingt-six pièces de canon. Quoiqu'ils eussent fait une brèche de trois cents pas, La Garde voulait encore résister ; mais la bourgeoisie refusait de travailler aux murailles et ne dissimulait point ses sympathies pour les assiégeants. Dans ces conjonctures, La Garde crut inutile de prolonger la résistance. Un accommodement fut conclu le 24 août. La garnison obtint de sortir avec armes et bagages et drapeaux déployés; la même faveur était accordée aux bourgeois qui voudraient la suivre; dix seulement de ces derniers l'accompagnèrent. Les troupes espagnoles, étant entrées dans la place, ne commirent pas le moindre désordre, dit Requesens, ni ne touchèrent à une seule épingle des gens de l'endroit ' .

Quelques jours auparavant, avait échoué un complot dont le but était de faire tomber Amsterdam au pouvoir du prince d'Orange. Le 16 août, les bourgmestres royalistes parvinrent à

' Requesens au Roi, d'Anvers, 28 août 1575. {Correspondance de Phi' lippe II, t. III, p. 357). - B. de Mendoça, liv. XIII, chap. VI-VIII. — Grande Chronique de Hollande, liv. XI, p. 304.

découvrir les intelligences que les partisans du Taciturne avaient nouées dans la ville. Seize des coupables furent arrêtés et justiciés '.

Requesens triomphait. Mais ce triomphe était loin d'exciter la moindre allégresse dans les provinces réputées encore fidèles. Les Belges, sans exce})ter les plus catholiques, s'affligeaient, au contraire, des succès des armes espagnoles. « Toute leur prétention, écrivait Requesens au Roi ^, est de se constituer en république et de faire en sorte qu'il ne reste dans le pays aucun Espagnol. Aussi aident-ils les rebelles autant qu'ils le peuvent. »

Requesens, cependant, animé par la prise d'Oudewater et de Schoonhoven, méditait une entreprise plus importante^ plus décisive.

Déjà, au mois de novembre 1574, le grand commandeur mandait à Philippe qu'on ne terminerait point la guerre de Hollande, à moins que le Roi ne fût seigneur de la mer. Aussi s'était-il occupé sérieusement des mesures nécessaires pour reconquérir quelques îles de la Zélande et se procurer un port où aborderait la flotte que l'on attendait d'Espagne. Il prit enfin la résolution de tenter une expédition importante, mais périlleuse, contre l'île de Schouwen. Il était encouragé par les précieux renseignements que lui avaient fournis des personnes qui connaissaient parfaitement la navigation et les canaux de la Zélande. — <( Il avait été informé, dit B. de Mendoça, que, de l'ile deTholen, on pouvait aller en barque à celle de Philipsland (Saint- Philippe), située à portée de mousquet de Tholen; que cette île (Philipsland) avait été engloutie autrefois ; qu'elle pouvait avoir une lieue de circuit et ne présentait plus qu'un amas de sable où l'on découvrait, en quelques endroits, des racines et des bran-

' Correspondance de Philippe 11, t. III, p. 358.

- Requeseus au Roi, 9 septembre l57o, ibid. t. III, p. 359.

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