‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 33 sur 103 · LIVRE X (157 S). f · texte numérisé non relu

LIVRE X (157 S). f

était confié le commandement des troupes à bord. Juan Osorio de Ulloa, avec cinq cents Espagnols, sept cents Wallons et autant d'Allemands, devait tenter le passage à gué.

Le 28 septembre, toutes les troupes étaient réunies au fort de Sainte - Annaland , où Requesens voulait assister à leur embarquement. Chaque soldat reçut une paire de souliers et une valise contenant deux livres de poudre dans une poche, et, dans l'autre, du biscuit et du fromage pour six jours. La nuit étant venue, les troupes de Juan Osorio de Ulloa se dirigèrent vers les barques. Leur intrépide chef, qui s'était déjà déshabillé en partie, marchait à leur tête l'épée à la main. Une magnifique aurore boréale éclairait ce spectacle émouvant, Requesens s'adressait amicalement aux soldats qui passaient devant lui, un à un, et les encourageait : « Vous acquerrez, leur disait-il, un honneur immortel et vous rendrez au Roi un service dont il vous sera reconnaissant, d

Juan Osorio de Ulloa, ayant débarqué avec sa troupe à Philipsland, se hâta de gagner l'extrémité de l'île. Il était minuit lorsque ce vaillant officier, ayant rangé ses troupes, entra dans la mer derrière les guides. Il s'avançait en tête des Espagnols qui formaient l'avant -garde; les Allemands suivaient; puis venaient les Wallons; les pionniers étaient à l'arrière-garde. Les soldats marchaient à la file sur un ou deux hommes de front, ayant de l'eau jusqu'aux genoux, bientôt même jusqu'à la ceinture et la poitrine. Ils tenaient au-dessus de leurs têtes les piques, les épées et les arquebuses afin de les préserver de l'humidité. Ils avaient une lieue et demie à faire dans la boue et l'eau jusqu'au fort de Oost-Duveland, où se tenaient retranchées dix compagnies (françaises, anglaises et écossaises) sous le commandement de Charles de Roisot, gouverneur de l'île de Walcheren pour le prince d'Orange.

Déjà la flotte zélandaise s'avançait pour refouler les troupes

royales. Trente-huit navires, bien pourvus d'artillerie, vinrent se ranger près du gué, moitié d'un côté et moitié de l'autre, tan-, dis que la mer était sillonnée par une multitude de petites barques. Le danger croissait avec le flux. Bientôt les navires de guerre s'approchèrent de plus près, et, pendant que leur artillerie faisait des trouées dans les rangs des Espagnols, ceux-ci étaient encore harcelés et assaillis par un grand nombre de petites barques d'où d'intrépides marins cherchaient à les harponner au moyen de longues perches munies de crochets de fer et à les précipiter dans les flots.

Les royalistes, cependant, atteignirent, en bon ordre, le but assigné à leur héroïque expédition. Mais lorsqu'ils arrivèrent devant Duveland, les compagnies qui occupaient la digue les reçurent par des décharges de mousqueterie auxquelles les Espagnols ne pouvaient répondre, ayant leur poudre et leurs armes mouillées. Osorio n'hésita point. Ne pouvant retourner sur ses pas, parce que la marée croissait d'une manière inquiétante, il résolut d'attaquer la digue. Après avoir invoqué la Vierge Marie et l'apôtre saint Jacques, il se mit à la tète d'une vingtaine d'Espagnols armés dépiques, de hallebardes etd'épées. La fortune favorisa la bouillante audace de cette poignée d'hommes. Charles de Boisot fut tué par derrière, soit que ses gens eussent été trompés par l'obscurité de la nuit, soit qu'il y eût parmi eux quelque traître vendu à l'ennemi. Du reste, les insurgés montrèrent, en cette conjoncture, très-peu de courage ; ils se débandèrent après avoir déchargé une fois leurs arquebuses. Osorio, se voyant maître de la digue, se hâta de faire passer le reste de ses soldats ; mais ils étaient en si mauvais état qu'ils ne purent empêcher les Zélandais de s'embarquer sur leurs vaisseaux.

Cette mémorable expédition avait coûté cher aux Espagnols. Requesens évaluait à cent le nombre des morts et à deux cents celui des blessés. Parmi les morts se trouvait le capitaine

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