LIVRE X (1S
Isidro Pacheco, gouverneur de Tergoes, atteint d'un boulet de canon dans le passage vers Duveland ; comme les soldats qui étaient autour de lui accouraient pour le soutenir, il les exhorta à l'abandonner et à pousser en avant. Les pionniers, qui marchaient à l'arrière garde, furent surpris par la marée, et de deux cents, il en échappa dix seulement ^
Quand il n'eut plus d'ennemis devant lui, Osorio revint à la digue pour rallier les siens et attendre Sancho d'Avila qui devait amener l'autre troupe sur les galères et les bateaux à rames. La flotte, commandée par Sancho d'Avila, atteignit Duveland sans avoir perdu un seul navire. — <c Les ennemis s'étaient figuré, écrivit Requesens au Roi, que toutes les troupes allaient par le gué ; ce fut pourquoi ils rassemblèrent, de ce côté, tous leurs navires et leurs forces : sans cette erreur, ils auraient pu aisément empêcher le passage à la flotte royale. » — C'est ainsi que, le 29 septembre, par une expédition vraiment héroïque, toute l'île de Duveland fut replacée sous l'autorité de Philippe IL
Le lendemain malin, Sancho d'Avila, Mondragon et Juan Osorio, après avoir laissé une garnison suffisante à Duveland, traversèrent avec le reste des troupes le canal qui séparait cette île de celle de Schouwen. Mondragon commandait cette expédition, moins périlleuse que la précédente, quoique les soldats eussent de l'eau jusqu'aux aisselles ; mais aucun navire n'était là pour défendre le passage. Les abords de l'île étaient gardés par cinq cents insurgés armés, qui furent dispersés et refoulés vers Zierikzee par les arquebusiers espagnols. La vaillante troupe se dirigea ensuite sur Rrouwershaven. Là se trouvaient quatre cents hommes. Lorsqu'ils apprirent que les soldats espagnols avaient passé le canal, ils mirent le feu au village et s'enfuirent
> B. DE Menfoça, Ccmmenlaires, liv. XIV, chap. I-IV. — Correspondance de Philqpc II, I. U],passm. — Van Meteren, fol. 'Ili v". Tome II. S
également à Zicrikzee. Le fort de Brouwershaven, gardé par une soixantaine de soldats (wallons et flamands), se rendit le lendemain. Dès lors, les insurgés n'occupaient plus dans l'île de Schouwen que Zierikzee et Bommene.
La ville de Zierikzee, située près du canal qui séparait l'Ile de Schouwen de l'île de Duveland, n'était entourée que d'une mauvaise muraille ; mais les habitants menacés s'étaient hâtés d'ouvrir les digues en plusieurs endroits et de submerger tout le plat pays. Dix compagnies d'infanterie, commandées par Arnould van Dorp, avaient quitté Duveland pour défendre Zierikzee. Elles occupaient aussi le fort que l'on appelait la Tête de Zierikzee, c'est-à-dire la pointe que formait 1 île entre le village de Borendam et la capitale. Au nord, les insurgés avaient également fortifié Brouwershaven et Bommene.
Le 1 1 octobre, plusieurs compagnies d'élite, commandées par don Gabriel de Peralta, attaquèrent la Tête de Zierikzee. Elles s'avancèrent jusqu'aux palissades. Mais là elles furent exposées au feu meurtrier de trois cents arquebusiers qui se trouvaient dans le fort, tandis que les navires hollandais, qui croisaient dans le canal, leur envoyaient également une grêle de boulets et de balles. Peralta fut tué et un grand nombre de ses soldats tombèrent à ses côtés. Voyant que les troupes royales faiblissaient, Sancho d'Avila mit l'épée à la main et s'avança jusqu'à la herse, d'où il commanda la retraite. Les Espagnols s'étaient à peine retirés, que les orangistes, craignant de ne pouvoir résister à une seconde attaque, évacuèrent eux-mêmes la Tête de Zierikzee *.
Bientôt Requesens donna l'ordre d'investir Bommene. Cette place, solidement fortifiée, était défendue par sept cents hommes,
1 Requesens au Roi, de la Thole (lie de Tholen), 15 octobre 1575. [Correspondance de Philippe II, t, HI, p. 373.) — B. de Me>doça, Commentaires, liv. XIV, chap. VI — Van Meteren, fol. 114 v».