‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 35 sur 103 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

wallons, allemands et français, sous le commandement de Nieville. C'était un vétéran d'origine française, manchot et boiteux-, une main de fer remplaçait celle qu'il avait perdue. Lorsque l'artillerie espagnole eut ouvert dans les murailles de Bommene une brèche assez large pour donner l'assaut, les assiégés furent sommés de se rendre. Ils rejetèrent les conditions assez raisonnables que leur offraient les chefs espagnols, et le vaillant gouverneur fît enlever tous les bateaux, afin que personne ne pût se retirer. Alors Mondragon, Sancho d'Avila et Juan Osorio de Ulloa reçurent l'ordre de s'emparer de vive force de Bommene. Le 26 octobre, les insurgés repoussèrent victorieusement une première attaque qui coûta, aux troupes royales, plus de cinq cents hommes, tués, blessés et noyés. Mais, le 30, à sept heures du matin, elles revinrent à la charge. La lutte se prolongea pendant cinq heures avec le plus grand acharnement. La brèche était remplie de cadavres; le gouverneur INieville, quoique blessé à la jambe, était demeuré à son poste et avait combattu jusqu'à la mort. Telle était la terreur inspirée par l'héroïque bravoure des assiégés, que les soldats royaux n'osaient franchir la brèche. Sancho d'Avila, ayant demandé une rondache, s'écria qu'il était honteux de cette pusillanimité. Un mousquetaire espagnol, excité par les reproches de son général , empoigna également une rondache et se précipita des remparts au miheu des ennemis ; les autres suivirent et bientôt une nouvelle et terrible lutte s'engagea dans les rues. Les défenseurs de Bommene, qui n'avaient plus ni poudre, ni plomb, frappaient les assaillants avec la crosse de leurs arquebuses; mais ils succombèrent enfin sous des forces supérieures. Wallons, Allemands, Français, tous furent passés au fil de l'épée ; des sept cent cinquante soldats qui occupaient Bommene, aucun, dit-on, n'échappa ^

' Telle est du moins l'affirmation contenue dans une lettre adressée,

Malgré la perte de Bommene, les défenseurs de Zierikzee ne montraient aucune intention de se rendre. Loin d'entrer en négociations avec Requesens, ils ouvrirent les écluses et submergèrent, comme on l'a vu, les environs de la ville. Les Espagnols, qui avaient espéré d'emporter Zierikzee de vive force, durent se résigner à la bloquer. Mondragon, chargé du commandement de l'armée, occupa, en conséquence, toutes les positions convenables. Mais ni l'artillerie, ni les forts, ne pouvaient empêcher les vaisseaux du prince d'Orange de secourir Zierikzee. C'est ainsi que, le 9 janvier 1576, dix-sept navires chargés de vivres passèrent sous le feu des canons espagnols. D'un autre côté, avec leurs barques et leurs bateaux à rames, les assiégés non-seulement allaient chercher des secours, mais ils brûlaient les villages et les maisons qui n'étaient pas submergés. Pour vaincre rapidement cette résistance, il aurait fallu pouvoir opposer à la flotte du Taciturne un nombre suffisant de navires de guerre ; il aurait fallu, en outre, que les marins de la flotte royale rivalisassent de dévouement avec ceux qui servaient le prince d'Orange, Or Jes premiers refusaient le service sous prétexte qu'ils n'étaient pas payés ' .

Guillaume de Nassau, lui aussi, malgré le patriotique dévouement des insurgés, se plaignait de sa pénurie. Au mois d'avril 1 o75, les états de Hollande avaient ^oté cent quatre mille florins par mois pour les dépenses de la guerre. Ils avaient, en conséquence, imposé un nouveau centième sur les biens-fonds, décrété

le 30 octobre 1575, au secrétaire Berty. [Correspondance de Philippe II, t. II!, p. 395.) — BoR [S' liv., p. 126) et Yan Meteben (fol. 115) évaluent à vingt ceux qui se sauvèrent ; Le Petit [Grande chronique de Hollande, etc.) dit six. Voir d.\xss\ Mémoires anonymes, p. 177.

' B. DE Mendoça, Commentaires, liv. XIV, chap. X. — Requesens au Roi, d'Anvers, 24 décembre 1575 el 19 janvier 1576. [Correspondance de Philippe II, t. III, p. 408 et 416.)

Page 1