LIVRE X
liberté des cultes, telle qu'on la comprend aujourd'hui, mais ils établissaient un régime qui formait déjà un étrange contraste avec les violences de Philippe II et même d'Elisabeth d'Angleterre. Elisabeth faisait brûler publiquement, à Londres, les anabaptistes hollandais. Philippe enjoignait à son lieutenant, dans les Pays-Bas, de se montrer inexorable à l'égard des dissidents, et Requeseris obéissait à ces ordres impitoyables. Il écrivait au Roi qu'il s'était toujours montré l'inflexible adversaire de la tolérance en matière de religion et de la modération des placards. Comme nous l'avons dit, il se vantait, le 29 juin 1 575, d'avoir encore, les jours précédents, envoyé au bûcher bon nombre d'hérétiques et d'en avoir fait prendre d'autres qui subiraient le même châtiment ' .
Le prince d'Orange, cependant, n'avait cessé de démontrer aux états l'urgente nécessité de chercher un appui au dehors. Vers la fin de l'été, cette grave question fut nettement posée dans les états de Hollande. Les délégués de la noblesse et des villes , appuyés par leurs commettants , émirent l'avis d'abjurer l'autorité du roi d'Espagne et de se mettre sous le protectorat d'une puissance étrangère. Mais on se montrait indécis entre l'empire, la France, et l'Angleterre. On disait de l'empire, que les Allemands ne savaient jamais prendre une résolution. Contre la France on alléguait qu'elle avait toujours été ennemie des Pays-Bas, qu'elle était courbée sous un joug tyrannique et épuisée par les guerres civiles ; que s'allier à la France, c'était s'exposer à une guerre perpétuelle avec l'Espagne et à une opposition insurmontable de la part du Brabant, de la Flandre et
■■ Correspondance de Philippe II, t. III, p. 332. — De même, il écrivait au Roi, le 30 octobre précédent [ibid , p. 183), qu'il avait fait brûler vif un hérétique à Anvers, et ordonné d'autres exécutions. Le 22 mai 1575, le tribunal des échevins d'Anvers avait condamné à mort et fait exécuter quatre anabaptistes dont une femme, etc.
de leurs adhérents. Après la perte de Bommene, les états prirent enfin la résolution de s'adresser à la reine d'Angleterre. Le Taciturne ne se dissimulait pourtant pas qu'il s'était rendu suspect aux Anglais depuis son mariage avec Charlotte de Bourbon. Il n'ignorait pas non plus que ceux-ci étaient ulcérés contre lui, parce qu'il leur avait fermé l'Escaut, pour les empêcher d'apporter à Anvers les marchandises d'Espagne et de Portugal. Il aurait donc préféré que l'on s'adressât à Henri III et à Catherine de Médicis, auxquels il venait d'envoyer récemment un agent confidentiel. Adhérant néanmoins à la décision prise par les états, il adjoignit Marnix de Sainte-Aldegonde aux délégués de l'assemblée parmi lesquels se trouvaient Jean Vander Does, S'" de Norwyck, Paul Buys, avocat de Hollande, et le D"' François Malzoon, jurisconsulte de la West-Frise ^
Elisabeth, craignant par-dessus tout que le protectorat français ne s'étendît sur les deux provinces insurgées , avait , pour s'y opposer , envoyé en Hollande un ambassadeur spécial, Thomas Ilastings. Il s'embarqua avec les envoyés hollandais, qui arrivèrent publiquement dans la Tamise sur deux navires de guerre, bien que, récemment encore, la Reine, par un éditsévère, eût défendu de recevoir dans les ports de l'Angleterre les fugitifs des Pays-Bas, et surtout le prince d'Orange et Philippe de Marnix.
Les mandataires du prince et des états reçurent audience pendant les fêtes de Noël. Ils ne se bornèrent point à des plaintes contre la domination espagnole ; ils firent ressouvenir Elisabeth que, descendant des anciens comtes de Hollande, elle avait des droits sur ce pays et qu'ils étaient disposés, moyennant les condi-
' Van Meteren fol, 113. — Grande chronique de Hollande, t. II, p. 306. — Dépêches des ambassadeurs de France en Angleterre, t. VI, p. 430. — Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. V, pp. 284 et 450.