‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 38 sur 103 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

lions dont on conviendrait, à la reconnaître pour leur dame souveraine. Elisabeth, tout en leur faisant bon accueil, ne se montrait point empressée à accueillir leurs offres. Elle dissimulait, selon son habitude, sa véritable pensée. En réalité, elle n'avait point le dessein de rompre ouvertement avec l'Espagne et de déclarer la guerre au Roi catholique. Mais, d'un autre côté, elle redoutait que le roi de France ne parvînt à se rendre maître de la Hollande et de la Zélande.

Tandis qu'elle envoyait Thomas Hastings en Hollande, elle donnait l'ordre au chevalier Robert Corbet de se rendre près de Requesens. Il devait lui faire connaître les intelligences que le prince d'Orange avait nouées avec la cour de France ; l'informer que le prince, s'il ne parvenait point à s'accommoder avec l'Espagne, traiterait certainement avec les Français et leur livrerait les places qu'il occupait en Hollande et en Zélande ; le prévenir enfin que, regardant les Français comme ses anciens et mortels ennemis, elle ne souffrirait pas cet agrandissement de leur puissance. Elle offrait, en conséquence, sa loyale et sincère médiation pour ménager un accord entre le Roi catholique et ses sujets rebelles ^ Tel était, en effet, l'ardent désir d'Elisabeth. Elle prétendait devenir arbitre dans la lutte engagée entre Philippe n et les insurgés des Pays-Ras. Requesens déclina une offre qu'il regardait comme un piège. Il répondit à Robert Corbet que, si la reine d'Angleterre voulait terminer la guerre, elle n'avait qu'à se déclarer ouvertement contre les rebelles de la Hollande. C'était exprimer la pensée de Philippe II, à qui Elisabeth avait naguère aussi proposé directement sa médiation par l'entremise de Henri Cobham. Le Roi catholique , dans l'audience qu'il accorda à cet ambassadeur le 26 octo-

' Requesens au Roi, d'Anvers, 23 novembre 1575. [Correspondance de Philippe H, t. III, p. 396.)

brc, ne dissimula point que cette démarche blessait sa fierté * .

Jamais le prince d'Orange n'avait eu une confiance absolue dans la protection efficace de l'Angleterre. Vers l'époque où les mandataires de la Hollande se rendaient à la cour d'Elisabeth, il faisait secrètement une tentative pour renouer les négociations avec Requesens. On rapporte, en effet, que, vers la fn\du mois de décembre, un inconnu jeta dans la maison du conseiller d'Assonleville des lettres dans lesquelles le prince l'engageait, en termes courtois, à procurer une nouvelle conférence àBreda ^.

Requesens s'était vivement alarmé de l'accueil qui avait été fait, en Angleterre, à Marnix et aux mandataires des états de Hollande. Pour les contrecarrer, il jeta les yeux sur Champagney, homme capable, disait-il lui-même, très-instruit, parlant six à sept langues comme la sienne propre. Mais à cause de son caractère difficile, de sa haine ouverte contre les Espagnols, de ses démêlés avec les chefs des troupes qui tenaient garnison à Anvers, il n'était point fâché de l'éloigner de cette ville dont il était gouverneur.

Champagney partit le 16 janvier 1576, et arriva à Londres le 27. Il devait réclamer énergiquement le maintien des anciens traités qui garantissaient une étroite alliance entre l'Angleterre et les Pays-Bas ; chercher à s'assurer si la Reine \oulait, ou non, protéger les rebelles; réclamer d'elle une promesse écrite de ne point se mêler des affaires des Pays-Bas et de ne donner aucune assistance au prince d'Orange ; la prier enfin de faire arrêter Philippe de Marnix et le S*" de Pallant (Culembourg) et de les faire punir du dernier supplice ^ C'était là une mission bien difficile.

' Morillon, prévôt d'Aire, au cardinal de Granvelle, de Bruxelles, ii décembre -1575. [Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. V, p. 325.) — Correspondance de Philippe H, t. III, passim.

2 Renon de France, Mss, 2^ part., chap. 44.

2 Requesens au Roi, d'Anvers, 19 janvier 1576, avec les instructions de

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