‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 5 sur 103 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

lions du souverain '. Guillaume de Nassau, sans montrer trop d'empressement pour un accommodement qui pouvait manquer de sincérité, n'était pourtant pas d'avis de repousser absolument les ouvertures des Espagnols. Lui aussi avait eu des moments de doute et de découragement. Quand il envoyait naguère Brunynck, son secrétaire, en Allemagne pour conférer avec Jean de Nassau, il l'avait expressément chargé de s'enquérir si l'empereur et les princes de la Germanie seraient contents de lui céder quelque bien ecclésiastique ou autre en l'empire pour y demeurer dans le cas où la paix se ferait ^. Peut-être n'ignoraitil point que Maximilien II avait fait proposer au roi d'Espagne, pour mettre un terme aux troubles des Pays-Bas, de donner au comte de Buren, détenu à Alcala, les États de son père et de le subroger au gouvernement de la Hollande et de la Zélande, tandis que le père irait vivre auprès de lui, ou autre part où bon lui semblerait. Maximilien II faisait également savoir à Madrid que, si l'on ne s'arrangeait point avec les " gueux n , l'empire sortirait de la maison d'Autriche. Les princes électeurs lui avaient promis, d'autre part, que, s'il pacifiait les Pays-Bas, à certaines conditions qu'ils réclamaient pour le prince d'Orange et ses adhérents, ils éliraient aussitôt son fils roi des Romains '.

Mais, après la délivrance de Leyde, les intentions du Taciturne se dévoilèrent avec plus de précision dans une lettre qu'il adressa de Delft à son frère, Jean de Nassau, tandis que la junte délibérait à Bruxelles, u Ils avaient été mal informés, écrivit-il, ceux qui ont dit que les états de Hollande sont fort désireux de la paix et à tel point que, s'ils voient l'occasion de s'accommoder, non-seulement ils m'abandonneront, mais ils me livreront aussi

' Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. III, p. 403. ^ Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. V, p. 88. ^ Correspondance du seigneur de Saint Goard, ambassadeur à Madrid, avec Henri III. {Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. V, i^p. 81-82.)

entre les mains de mes ennemis pour le cas oii je ne voudrais acquiescer à cette paix. Les états et les villes de Hollande et de Zélande sont, au contraire, bien résolus à s'opposer à tout accord qui ne leur donnerait pas toutes les garanties quant à la religion et au maintien des privilèges. Pourtant je vous prie de croire et de vous persuader fermement que je ne serai jamais celui qui voudra empêcher une bonne et sûre paix ; je tâcherai même de l'avancer de tout mon pouvoir, pourvu que l'on assure, par des propositions raisonnables, le repos et le contentement du peuple, tant en ce qui concerne la liberté politique que le fait de la conscience ^ )>

Leoninus, accompagné de Hugo Bonté, se rendit à Bois-le-Duc, le ^" décembre, et écrivit au prince d'Orange pour demander un passe-port. Le 9, ce passe-port lui fut apporté avec une missive du prince. Guillaume lui mandait qu'il serait le très-bienvenu, mais qu'il ne devait pas se faire illusion s'il venait uniquement pour continuer la négociation commencée par Hugo Bonté. Trèsinquiet, Leoninus envoya immédiatement ce dernier vers le prince sous prétexte d'obtenir un passe-port plus ample, mais en réalité pour connaître les difficultés auxquelles Guillaume faisait allusion dans sa lettre. De plus, il donna immédiatement avis de cet incident à Requesens et lui demanda des instructions. Requesens répondit le 11 que Leoninus pouvait hardiment donner au prince l'assurance qu'il avait plus de pouvoir que n'en avait eu Bonté ; en aucun cas, cependant, il ne devait faire espérer des concessions au détriment de la religion catholique. Quant à Hugo Bonté, il s'était rendu à Rotterdam où il avait trouvé le prince d'Orange sur le point de s'embarquer pour la Zélande. Guillaume dit à l'ancien pensionnaire de Middelbourg,

' Le prince d'Orange à Jean de Nassau, de Delft, 26 novembre 1574. {Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. V, pp. 95 et suiv.)

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