LIVRE XI
rendirent dans la demeure de Viglius, pour prendre les mesures que nécessitait la situation.
Le personnage le plus important de cette réunion, l'homme de confiance du Roi, c'était le licencié Geronimo ou Hieronimo de Roda.
Espagnol originaire de Murcie, d'abord auditeur en la royale audience et chancellerie de Valladolid, Philippe Ill'avait, en 1 569, envoyé dans les Pays-Bas, pour y être employé aux affaires que le duc d'Albe jugerait à propos de lui confier * . 11 fut placé dans le conseil des troubles ; mais, sous Requesens, sa faveur grandit à tel point que le bruit était généralement répandu qu'il allait être fait chancelier général des Pays-Bas, avec entrée dans tous les conseils ^. En effet, le 10 mars 1574, le Roi écrivit à Requesens, qu'il pourrait appeler le licencié Roda et d'Assonle ville au conseil d'État; il devait, en outre, tâcher de faire entrer également Roda au conseil des finances et au conseil privé. L'adjonction de Roda au conseil des finances fut suspendue par des instructions ultérieures ; quant au conseil privé, Philippe enjoignit formellement à Requesens d'y appeler de temps en temps Roda, en lui donnant même la préséance sur les autres conseillers ^ Roda était d'ailleurs un homme instruit et très-sagace; il feignait de vouloir complaire à la nation; mais sa faiblesse, écrivait Requesens, n'avait jamais été jusqu'à compromettre le service du Roi K
^ Cabrera, Don Felipe Segundo, liv. X, chap. XV, p. 770. — Correspondance de Philippe H, t. II, p. ]\0.
^ Berty au président Viglius, 20 janvier 1574. [Documents historiques, t. XIII. (Archives du royaume.)
' Correspondance de Philippe II, t. III, pp. 38 et 128.
"* Ibid., t. II, p. 455. a .... Vir apprimè doctus, qui, quamvis Hispanus, Belgicis tamen moribus salis erat... a J.-B. de Tassis, Comment., lib. III, p. 200.
Roda et ses collègues décidèrent que la mort du lieutenant de Philippe II serait notifiée aux gouverneurs des provinces et que le duc d'Arschot, ainsi que le comte de Mansfeldt, seraient appelés immédiatement à Bruxelles ^
Le 9, au matin, le duc d'Arschot étant arrivé, les membres du conseil se réunirent de nouveau chez le président Viglius. Regardant com.me non valable l'acte que Requesens n'avait pu revêtir de sa signature, ils décidèrent que le conseil d'État exercerait provisoirement le gouvernement. Puis, pour se conformer, disaientils, aux dernières instructions de Requesens , ils résolurent de remettre, mais avec certaines restrictions, le commandement des troupes au comte de Mansfeldt. Dans l'après-midi, ils rédigèrent la lettre par laquelle Philippe II allait être informé des événements qui venaient de s'accomplir. Cette lettre fut définitivement arrêtée le 10, après avoir donné lieu à des discussions assez orageuses. La majorité exigea que le conseil fît la demande formelle d'un gouverneur du sang royal. Le duc d'Arschot déclara même que si le Roi envoyait encore un Espagnol qui ne fût pas plus que lui, il se retirerait immédiatement dans sa maison ^.
' D'autres réunious eurent lieu au palais, le 6, le 7 et le 8 mars, et à celles-ci assistèrent le baron de Rasscnghien , capitaine général de la Flandre wallonne, et Gaspard Schetz, seigneur de Grobbendoucq, trésorier général. Les chefs espagnols composant le conseil de guerre furent aussi mandés, et on prit, d'accord avec eux, des mesures pour la continuation du siège de Zierikzee. Notules du conseil d'État rédigées par le secrétaire Berty. [Correspondance de Philippe II, t. IV, appendices, pp. 470 et suiv.) — Selon une remarque de Viglius, le duc d'Arschot, le comte de Bcrlaymont et lui-même étaient seuls investis, selon les anciennes traditions, de la dignité de conseillers d'État. Les autres étaient appelés aux délibérations par une autorisation spéciale du Roi ou par une sorte de tolérance. Viglius au cardinal de Grauvelle. (.4?îCf/fc/a de Hoynck van Papendrecbt, t. III, p. 409.)
' G. de Roda au Roi, Bruxelles, 40 mars -1376. [Correspondance de