‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 45 sur 103 · LIVRE XI (157G · texte numérisé non relu

LIVRE XI (157G

A la lettre collective du conseil d'État, le baron de Rassenghien ajouta une lettre particulière dans laquelle il dépeignait, en traits saisissants, la déplorable situation des Pays-Bas. Il disait que la plus grande partie des soldats, faute de payement, s'étaient rendus inutiles et n'avaient servi qu'à ruiner le pays et à » manger ses entrailles ». Les gens de guerre se soulevaient et le peuple commençait à s'armer pour les combattre. A une si lamentable situation, il n'y avait d'autre remède que la convocation des états généraux * .

Déjà les états de Brabant, subissant l'influence des partisans du prince d'Orange, avaient, par une requête présentée au conseil d'État, réclamé hardiment l'assemblée générale. Rappelant ce qui s'était passé à la mort de Philippe de Castille, l'aïeul de Philippe II, ils soutenaient que la désignation d'un gouverneur provisoire ne pouvait être faite que par les états généraux et que le conseil d'État, institué pour aider le Roi ou son lieutenant, n'avait pas le droit de gouverner ou de constituer un gouverneur général. Dans sa séance du 9 mars, le conseil avait repoussé, en termes ambigus, cette audacieuse réclamation ■^.

Le 16, de grand matin, le comte de Mansfeldt, gouverneur du duché de Luxembourg, arriva enfin à Bruxelles. Avant de mourir, Requesens avait ordonné au secrétaire Berty d'inviter ce personnage à se rendre près de lui, parce qu'il voulait lui confier le commandement des troupes. Bien que Requesens n'eût pas eu le temps de signer cette lettre, Berty l'envoya néanmoins au comte de Mansfeldt.

Philippe II, t. III, pp. 434-456.) — Renon de France, Mss, 3« part., chap. II.

' Correspondance de Philippe II, t. III, pp. 461-467.

^ Ibid., t. III, p. 457. — Mémoire de Laurent Metsius, évêque de Bois le-Duc. {Ibid., t. IV, appendices.) — Renon de France, Mss, 3^ part., chap. II.

Le conseil d'État s'étant réuni, le duc d'Arschot ne dissimula point sa mauvaise humeur. Il déclara qu'il ne voulait pas que le comte fût placé à la tête des troupes. Puisqu'on n'avait pas eu égard à l'acte du grand commandeur qui concernait le gouvernement politique, pourquoi respecterait-on ses intentions en ce qui avait trait à l'armée? Mansfeldt ayant été appelé le lendemain au conseil, on lui proposa la charge de mestre-de-camp général. Il se récria, s'attendant, dit-il, à ce qu'on lui donnât le commandement de toute l'armée, selon la volonté exprimée par le grand commandeur mourant, comme l'attestait la lettre minutée par Berty. Le 21 , après de nouvelles disputes, il consentit à exercer la charge de gouverneur de Bruxelles, avec entrée au conseil d'État *.

Témoin de l'exaspération qui se manifestait contre la domination étrangère. Roda se montrait inquiet. Déjà, le 5 mars, en informant Philippe II de la mort de Requesens, il avait sollicité son rappel. it Ma demeure en ces pays, disait-il prophétiquement, sera de très-peu de fruit pour le service de Votre Majesté et même, peutêtre, lui sera-t-elle préjudiciable ^. i> Le 1 0, il réitère sa demande : il supplie le Roi de le retirer des Pays-Bas, il allègue que sa santé est ruinée et que, s'il ne retourne en Espagne, il prendra le même chemin que le grand commandeur. Il ajoute que sa présence à Bruxelles ne peut être d'aucune utilité pour le service royal, tandis que son départ causera la plus grande satisfaction à tous ceux du pays '. Onze jours après, s'adressant au secrétaire Çayas, il implorait son intervention près du Roi, afin d'être rappelé. Il avait le pressentiment, disait-il, qu'il ne vivrait

1 G. de Roda au Roi, de Bruxelles, 20 et 21 mars 1570. [Correspondance de Philippe II, t. III, pp. 470 et 472.) — Notules du cotise H d'État. 8 Correspondance de Philippe 11,1. U], p. 453. 5 Ibid., t. III, p. 461.

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