LIVRE XI (d
plus longtemps, s'il était obligé de rester aux Pays-Bas ^ Mais Philippe II n'avait garde de retirer alors de Bruxelles l'homme auquel il voulait confier la surveillance du conseil d'État. La situation s'aggravait. Déjà la sédition de quelques escadrons de chevau-légers était comme le prélude d'un terrible conflit.
En apprenant que deux compagnies de chevau-légers cantonnées dans le Brabant s'étaient mutinées et se dirigeaient vers le Hainaut pour se joindre aux autres, Requesens avait conçu les plus vives appréhensions. Il ne doutait point que le pays ne se soulevât contre ces «t altérés » . Aussi enjoignit-il aux gouverneurs des provinces d'empêcher la réunion des chevau-légers, et, si elle s'effectuait, de les obliger à se disperser, en coupant les chemins et en fermant les passages avec des arbres. Pour le cas où ces mesures seraient insuffisantes, ils devaient attaquer les désobéissants, et, si ceux-ci se défendaient, les passer au fil de l'épée. Déjà les habitants du Hainaut avaient couru aux armes pour seconder le comte Philippe de Lalaing, leur gouverneur. Les mutinés sortirent de la province et se retirèrent dans le Cambrésis,où ils se joignirent à d'autres compagnies. Ils étaient alors cinq cents environ, tous vieux soldats. Lalaing s'était posté au Quesnoy pour les empêcher de rentrer dans le Hainaut. Mais ils trompèrent sa surveillance, se dirigèrent vers les confins du Brabant, entrèrent dans Wavre, et, le 20 mars, vinrent en plein jour de Wavre vers Bruxelles par escadrons 2.
La plus grande agitation régnait dans Bruxelles. Les états de Brabant voulaient lever gens de cheval et de pied pour chasser les <( altérés » ; le conseil d'État , sous la pression du duc d'Arschot, s'y opposa, promettant d'ailleurs d'intervenir au nom
' Correspondance de Philippe II, t. 111, p. 472,
^ Ibid., t. III, pp. 436 et 468. — Renon de France, Mss, 3« part., chap. II.
de l'autorité royale. Mais déjà, tous les paysans des environs avaient couru aux armes. Le conseil d'État somma les mutinés de rentrer dans l'ordre, sinon, qu'il les tiendrait pour perturbateurs de la paix et les casserait. Ils répliquèrent qu'ils exposeraient leurs vies contre quiconque voudrait les offenser. L'irritation croissait dans Bruxelles. Quatre compagnies (enseignes) d'Espagnols y tenaient garnison, sous les ordres du mestre-de-camp Julian Romero. Les bourgeois, supposant qu'ils étaient d'accord avec les mutinés, fermèrent les boutiques, prirent les armes et allèrent garder les murailles et les portes. La plupart des membres des trois conseils se vêtirent en courte robe, <( à la manière de guerre » . Roda même disait hautement que, si l'Espagnol menaçait Bruxelles, lui aussi se trouverait aux remparts, une arquebuse au poing.
Julian Romero, mandé au conseil d'État, assura qu'il n'y avait rien à craindre de ses gens. Accompagné de Rassenghien, il se rendit ensuite à l'hôtel de ville, pour que le magistrat apaisât le peuple. La tranquillité ne fut pourtant rétablie que vers le soir, par une proclamation annonçant la nomination du comte de Mansfeldt en qualité de gouverneur de la ville. Comme Mansfeldt était alors aussi agréable aux habitants qu'aux soldats, son élévation contenta tout le monde. Le 21 , les chevau-légers s'étaient éloignés à la distance de cinq lieues, entre Louvain et Tirlemont. Julian Romero les suivit avec l'élite de ses soldats, chargé de leur faire des offres convenables, et, s'ils refusaient, de les harceler et de les assaillir. Le 3i , ils acceptèrent enfin les conditions qui leur avaient été offertes par le conseil d'État. Restait à trouver l'argent qu'on leur avait promis en même temps que leur pardon *.
' Le conseil d'État au Roi, Bruxelles, 31 mars 1576. [Correspondance de Philippe II, t. III, p. 482.) — Roda au secrétaire Çayas, Bruxelles,