‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 47 sur 103 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

Les gouverneurs des provinces avaient été mandés à Bruxelles (28 mars), pour délibérer avec le conseil d'État sur les moyens de licencier une partie des gens de guerre et d'entretenir les autres. Ils constatèrent que les provinces se trouvaient chargées de la solde de plus de soixante mille hommes cantonnés «( au centre et dans les entrailles du pays, à ne rien faire qu'à manger les sujets ». Aux troupes allemandes seules, composées de soixante-neuf compagnies de Hauts-Allemands et de trente-six de Bas-Allemands, formant ensemble trente-trois mille hommes, il était dû vingt-sept mois de solde. Le conseil d'État, n'ayant pas d'argent, avait demandé un répit au colonel Nicolas de Polweiler, leur délégué. Polweiler avait répondu qu'il voulait être payé ou mourir, et que, si le conseil tardait encore, on fmirait par s'entre-tuer. Il était également dû vingt mois de solde à l'armée navale. Le baron de Hierges, venu à Bruxelles, faisait un sombre tableau des provinces maritimes. La Hollande était, par la rupture des digues et les inondations, en quelque sorte submergée : on ne voyait âme vivante, ni bétail, ni grains, ni herbages, seulement ciel et eau. Hierges demandait immédiatement cent quatre-vingt mille florins, menaçant, s'il ne les obtenait pas, de ne plus retourner en Hollande. On lui en remit vingtquatre mille, tout ce qu'on avait, et on obtint, des Fugger et des Bonvisis d'Anvers, une avance de cinquante mille écus. En réalité, cette réunion des gou^erneurs ne servit qu'à constater l'état presque désespéré des principales provinces * .

21 mars 1576. [llid., t. JII, p. 472.) — Le même au I^oi , 31 mars. (lOid., l. m, p. 475.) — liesponces de messire Jehan Sceyfve, chevalier, etc., sur certaines lettres du cardinal de Granvelle, in-i", sans pagination. {Anvers, 1580.) — Notules du conseil d'État.

' Le conseil d'État au Roi, 2 et 15 avril 1576. (Correspondance de Philippe II, t. IV, pp. 29 et 76.) — Ibid., t. III, p. 475. — Renon de France, Mss, 3^ part., chap. III.

Les états de Flandre et de Hainaut venaient de déclarer, comme ceux du Brabant, que, si l'on voulait prévenir la ruine du pays, il fallait convoquer sans retard les états généraux et reprendre les négociations avec le prince d'Orange, moyennant la conservation de la religion catholique.

Le conseil d'État appuya énergiquement ces vœux. « Si l'on reprend la négociation de Breda, disait-il en substance, le 31 mars, le Roi donnera une grande satisfaction aux naturels, et, par là, fera cesser la guerre sanglante qui, depuis dix ans, dévore les entrailles du pays, sans rien avancer, mais amenant, au contraire, l'extinction et l'abolition de la religion catholique et la damnation de millions d'âmes. » Il suppliait ensuite Philippe II de se faire représenter sans retard par un gouverneur du sang royal, possédant les qualités requises pour que les naturels pussent l'aimer et l'estimer. Il ne doutait pas que le Roi ne reconquît tous les cœurs s'il envoyait aux Pays-Bas un des princes, ses fils, pour y être élevé; s'il ôtait les charges aux étrangers, retirait les garnisons des villes non frontières, assemblait les états généraux, abolissait le conseil des troubles.

Pour rédiger cette lettre, le duc d'Arschot avait réuni chez lui ses collègues, à l'exclusion de Roda. Lorsque la dépêche fut lue ensuite devant le conseil, Roda demanda quelques changements.

Il n'osa pas toutefois, dans sa correspondance confidentielle avec le Roi, contredire les assertions, ni s'opposer aux vœux de la majorité. Il constatait lui-même que la reprise des négociations de Breda était universellement désirée. Il déclarait que, si par quelque moyen, le Roi ne mettait fin à la révolte des provinces de Hollande et de Zélande, le pays n'était plus en état de supporter la guerre, et que la nation tout entière se soulèverait contre son autorité.

Déjà le peuple s'armait partout, jusqu'au fond de la Campine,

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