‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 48 sur 103 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

où les paysans de Desselt et de Moll avaient tiré sur les chevaulégers. Partout l'irritation croissait contre les soldats espagnols. A Bruxelles, l'exaspération était telle, que, de crainte de quelque malheur, le conseil d'État avait fait partir, le 31 mars, pour le château d'Anvers, le peu d'Espagnols des compagnies de Julian Romero qui se trouvaient encore dans la ville.

Enfin, Roda inclinait également pour l'assemblée des états généraux et considérait comme nécessaire la suppression du conseil des troubles. Au surplus, le conseil d'État avait, depuis le 26 mars, renvoyé toutes les causes au conseil de Brabant, en même temps qu'il abolissait les impôts si impopulaires du dixième et du vingtième denier ^ .

Le 10 avril, au matin, le conseil d'État connut la décision de Philippe II. Par des lettres délivrées à Madrid, le 24 mars, le Roi lui remettait provisoirement le gouvernement des Pays-Bas et de la Bourgogne, ayant, disait-il, le dessein de nommer bientôt un gouverneur définitif qui serait de son sang. Il lui envoyait en même temps des commissions de conseiller d'État pour le baron de Rassenghien et Arnold Sasbout, président du conseil privé ^. Par d'autres lettres du 3 avril, Philippe rejetait la proposition d'assembler les états généraux et n'autorisait point la reprise des négociations avec ceux de Hollande et de Zélande. 11 mandait confidentiellement à Roda que, sur toutes choses, il se réjouirait beaucoup que les états généraux ne s'assemblassent point '.

Si Philippe II s'était proposé de ruiner son autorité et de favo-

' Roda au Roi, -!'■' et 14 avril 157G. [Correspondance de Philippe II, t. IV, p. 25.) — Les lettres du consi-il d'Étal au Roi, du 31 mars et du 3 avril, lui furent envoyées par Baptiste Dubois, aide de sa chambre, parce que le conseil espérait que celte qualité lui donnerait un plus facile accès.

^ Correspondance de Philippe II, t. III, p. 473, el t. IV, p. 5. — Notules du conseil d'État.

5 Correspondance de Philippe II, t. IV, pp. 30 et 31.

riser le parti national, il n'eût pas agi autrement. Remettre le gouvernement à ce conseil d'État, dont il se défiait profondément, et non sans raison, c'était presque le partager avec le prince d'Orange, dont l'influence, dans les provinces réputées encore fidèles, devenait vraiment redoutable.

Roda seul avait la confiance de Philippe. Celui-ci venait de lui enjoindre de le tenir constamment au courant de l'état des choses au moyen du chifl're que devait posséder Balthasar Lopez, ancien secrétaire du grand commandeur. Pour plus de secret encore, il lui ferait passer ses lettres par le canal de don Diego de Cùniga, ambassadeur d'Espagne à Paris. Si les membres du conseil ne le convoquaient pas à leurs assemblées, ou lui faisaient entendre qu'ils voyaient avec déplaisir sa participation aux affaires. Roda ne devait témoigner ni humeur, ni impatience. Il était en quelque sorte l'œil du Roi. — Pour ce motif, disait Philippe II, il convient à mon service que vous demeuriez provisoirement aux Pays-Bas ^ .

La décision royale par laquelle le gouvernement était confié au conseil d'État devait déplaire aux chefs espagnols, jusqu'alors habitués à considérer les Pays-Bas comme d'autres Indes. Le duc d'Arschot, quoiqu'il eût été frustré de l'espoir d'être riiicaert du Brabant, et le comte de Berlaymont, quoiqu'il eût aspiré à la succession de Requesens, montraient, au contraire, beaucoup de satisfaction, car ils devenaient les premiers personnages de l'État. Les autres acceptèrent une part du pouvoir par obéissance, ou, comme ils disaient, pour assister leur pauvre patrie qui périssait. Viglius, alléguant son état maladif, aurait désiré pourtant d'être déchargé des fonctions de président du conseil d'État : toujours prudent, il aurait voulu se mettre à l'abri de l'orage qu'il prévoyait. Le conseil tout entier , d'ailleurs , représenta à

' Correspo)idance de Philippe II, t. III, p. 474, et t. IV, p. 30.

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