LIVRE IX (1576). 9b
à traiter avec les rebelles et à reprendre les négociations de Breda. Ils ajoutaient que, selon le bruit commun, le dernier gouverneur, au moment de sa mort, avait manifesté un grand repentir de n'avoir pas conclu cette pacification. Les Espagnols soupçonnaient Champagney, qui était présent, d'avoir inspiré cette démarche. Quant au duc d'Arschot, il en était prévenu. Aussi déclara-t-il qu'il fallait voir les papiers du grand commandeur. Puis, se mettant en colère, il demanda qui les avait. — Moi, repartit Roda ; on me les a délivrés par le commandement du conseil d'État; le secrétaire Berty les a inventoriés et scellés de deux sceaux, et l'inventaire ne fait nulle mention d'un ordre tel que celui dont on parle. — La discussion s'envenimant. Roda dut finir par avouer qu'il avait ordre du Roi de garderies papiers de Requesens '. Alors les autres voulurent voir cet ordre, et il fut convenu qu'il le leur montrerait dans l'après-midi. Ce jour-là, dans l'après-midi aussi, l'ambassadeur d'Angleterre vint au conseil pour connaître la résolution qui avait été prise sur sa proposition. On lui répondit qu'on attendait les instructions du Roi et que, aussitôt qu'elles seraient arrivées, on s'empresserait de les communiquera la reine d'Angleterre. L'ambassadeur objecta que la Reine, sa maîtresse, tenait pour certain que le Roi catholique avait envoyé un ordre pour la pacification, que cet ordre devait être dans les papiers du grand commandeur, et il pria, lui aussi, le conseil de l'y chercher. Le duc d'Arschot répliqua qu'il n'avait pas appris qu'un tel ordre existât, et qu'il ne croyait pas non plus qu'aucun autre ministre en eût entendu parler.
A peine l'ambassadeur eut-il quitté la salle, que Champagney
* Le Roi mandait à Roda, le 23 mars, que si l'on n'avait pas pris les précautions convenables, en ce qui concernait les papiers rlu grand commandeur, il devait prescrire qu"ils fussent mis dans des coCFres et scellés, et qu'on les délivrât secrèiement à Sancho d'Avila, pour qu'il les gardât dans la citadelle d'Anvers. [Correspondance de Philippe 11, t. III, p. 474.)
reprit la querelle du matin, et Roda fut de nouveau requis de montrer le passage de la lettre royale sur lequel il se fondait pour garder les papiers de Requesens. Champagney dit alors que la reine d'Angleterre s'était grandement émerveillée de ce que le conseil ne s'était pas emparé des papiers du grand commandeur, à sa mort, car c'était là une règle observée dans tous les pays où il y avait de l'ordre et de la police. Il ajouta que ces papiers auraient dû être dans les mains de Viglius ou du président du conseil privé. — Nesuis-jepas digne de confiance? répliqua Roda. Cette question, d'ailleurs, ne regarde pas Champagney. — Puis, s'animant et s'adressant à tous les membres du conseil, il dit qu'il avait bien vu, ce jour-là, que sa compagnie devait leur être peu agréable; que, s'il était resté à Bruxelles, il ne l'avait fait que pour le service du Roi et pour celui du conseil ; qu'il suppliait ses collègues de se déclarer franchement à son égard, parce qu'il serait très-charmé de ne pas leur causer d'ennui et de se retirer de Bruxelles, si telle était leur volonté. Étonné de cette sortie, le duc d'Arschot répondit que Roda avait été mis dans le conseil par le Roi, et qu'il ne pouvait lui enjoindre de se retirer. Roda répéta que, si sa présence ne leur était pas agréable, il se retirerait. Tous gardèrent le silence. Sur ces entrefaites, on apporta du logis du secrétaire Balthasar Lopez, le déchiffrement du passage de la lettre royale qui concernait les papiers du grand commandeur. Roda en donna lecture, et le conseil parut satisfait * .
Mais la bonne intelligence ne fut point rétablie entre Roda et ses collègues. Le duc d'Arschot, sous l'influence de Champagney, et ses adhérents continuaient de témoigner à l'Espagnol une
' Roda au P.oi , Bruxelles , 20 avril , et le conseil d'État au Roi , -15 avril 1576. [Correspondance de Philippe 11, t. IV, pp. 74 et 94.) — Notules du C07iscil d'Élal.