LIVRE XI
méfiance insultante, lui disant, en face, qu'il était l'espion du Roi. Il arrivait souvent que, dans la salle des séances, les nationaux formaient à part de petits comités, afin que Roda ne pût les entendre, non plus que le comte de Mansfeldt, devenu également suspect. Alors Roda, dissimulant sa colère, feignait de s'approcher d'une fenêtre pour les laisser libres. Comme il se plaignait un jour à Viglius des mauvais procédés du duc d'Arschot, le président lui dit de ne point y prendre garde, parce que le duc était fou. Roda finit néanmoins par perdre patience et conseilla à Philippe II de faire enfermer son antagoniste dans un château-fort ^
Le conseil, cependant, ne pouvait plus se dissimuler l'imminence d'une catastrophe. La pénurie du trésor rendait le gouvernement impossible. Telle était la détresse que les membres du conseil voulurent emprunter, sur leur crédit personnel, cent mille écus des marchands d'Anvers, afin d'apaiser les troupes qui menaçaient de se soulever. Les marchands répondirent qu'ils ne fourniraient pas les moyens de prolonger la guerre 2. Alors les membres du conseil se virent réduits à mettre leur vaisselle en gage pour trouver quelques milliers de florins destinés au baron de Hierges, dont les troupes commençaient déjà à se mutiner en Hollande '.
Pour contenir le peuple fatigué de la guerre et exaspéré par l'insolence croissante des bandes étrangères, le conseil d'État avait cherché à supprimer le conseil des troubles. Prétextant que les pouvoirs des membres de cet odieux tribunal avaient cessé par la mort du grand commandeur, le conseil leur avait enjoint, de la
' Roda au Roi, 18 mai et 1« juillet -1576. [Correspondance de Philippe II, t. lY, pp. UOetSlO.) ^ Le conseil d'État au Roi, 30 mai 1570. (Correspondance de Philippe 11,
t. IV, p. ni.)
' Le même au même, 1"juin \blQ.[lbid., t. IV, p. 184.)