LIVRE XI (i
avec la révolte des Pays-Bas par la force des armes. C'était aussi l'opinion du cardinal de Granvelle. De Rome, ou il recevait des informations exactes, il écrivait à Philippe II : <c Votre Majesté peut être assurée que jamais les Pays-Bas ne seront pacifiés par la force : ceux qui désirent la continuation de la guerre ne font que se bercer d'illusions, et ceux qui occupent des charges pour se faire valoir, et, dans leur intérêt particulier, consument les ressources de tous les royaumas et états de Votre Majesté ^ . '>
Mais Philippe II ne se pressait point de prendre une résolution. Ce fut seulement le 12 juin qu'il annonça au conseil d'État que le marquis d'Havre ^ quitterait prochainement Madrid et qu'il ferait connaître, par lui, ses dernières résolutions. En attendant, il enjoignait de nouveau au conseil de ne point assembler les états généraux, ni de reprendre les négociations avec les états de Hollande et de Zélande ^
Malgré sa faiblesse originelle, le conseil d'État gardait, vis-à-vis de la Hollande et de la Zélande, une attitude ostensiblement
' Roda au Hoi, 21 mai, elle cardinal de Granvelle au Roi, 13 juillet -1576. [Correspondance de Philippe 11, t. IV, pp. 149 et 236.)
* Charles-Philippe de Croy, marquis d'Havre, frère du duc d'Arschot.
' Le Roi au conseil d'Élat, 12 juin 1576. [Correspondance de Philippe II, t. IV, p. 195. ) — Ces dépêches furent apportées par l'aide de chambre Baptiste Dubois.
Renon de France, Mss, 3^ part., chap. VII, fait, à ce sujet, les réflexions suivantes : » I.a réception desquelles lettres fut cause que les seigneurs (du conseil) ne purent assembler les états, ni entrer en communication avec lesdits de Hollande et de Zélande : dont furent bien étonnés, se voyant frustrés pour lors des vrais remèdes qu'ils avaient attendu avec telle dévotion, et par faute desquels ils voyaient le tout s'aller perdre indubitablement... » Or, ces paroles se trouvent textuellement dans le Discours sur le gouvernement du conseil d'État, rédigé par Chkistophe d'Assoaleville. C'est là une preuve évidente que Renon de France, président d'Artois, avait eu à sa disposition les papiers de ce membre important du conseil.
hostile. Il ne s'était point borné à renouveler la défense de commercer avec les provinces rebelles; des le 5 mars, il avait donné l'ordre à Mondragon de poursuivre le siège de Zierikzee '. De son côté, le prince d'Orange s'était efforcé de délivrer cette place importante. Il était alors vigoureusement secondé par les deux provinces insurgées. Le 25 avril , la Hollande et la Zélande avaient enfin conclu, sous ses auspices et sa direction, une union intime. Toutes deux reconnaissaient Guillaume de Nassau non plus seulement comme stathouder, mais comme chef suprême, puisqu'elles lui conféraient le plein pouvoir d'ordonner tout ce qui concernerait la défense des provinces tant qu'elles seraient en guerre*.
Le Taciturne avait compté sur l'appui de l'Angleterre. Mais Elisabeth persistait à n'offrir que sa médiation. Marnix et les envoyés des états revinrent sans avoir réussi à changer en résolutions viriles les continuelles hésitations de la Reine. Il est constant, toutefois, que, malgré cette attitude ambiguë d'Elisabeth, les Anglais, avec son assentiment tacite, aidaient les insurgés d'argent, de vivres, de munitions de guerre et de soldats ^
Pour secourir et ravitailler Zierikzee, le prince d'Orange avait rassemblé trois cent cinquante bateaux et barques ; il avait retenu tous les mariniers, au nombre de cinq mille, et il se proposait de
' Le conseil d'État à Mondragon, Bruxelles, S mars 1570, [Corres' pondance de Philippe II, t. IV, p. 543.)
2 Résolutions de Hollande (mars-avril \'61Ç>). — Archives de la maison d'Orange-Nassau , t. V, pp. 340 et suiv. — A. Kluit , Historié der liollandsclie slanlsregering, t. -l*', pp. 115 et suiv.
^ N. Bruuyock, secrétaire du prince d'Orange, au comte Jean de Nassau, ier juin 157G. [Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. V. p. 364.) — Roda au Roi, 20 mars et 30 mai 1576, d'après les lettres d'Antonio de Guoras, agent espagnol à Londres. [Correspondance de Philippe II, t. lU, p. 471, et t. IV, p. 178.)