‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 54 sur 103 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

leur adjoindre un nombre égal de soldats ' . Dans les derniers jours du mois de mars, le prince en personne se dirigea vers l'ile de Schouwen avec un grand nombre de navires.

Le colonel Mondragon, chargé du commandement de l'armée de siège, venait de fermer le canal de Zierikzee par une estacade au bout de laquelle il avait construit un fort, protégés l'un et l'autre par les galères espagnoles. Le 24 mars, Mondragon avait repoussé une sortie essayée par les navires des assiégés. Le 1 2 avril, la flotte du prince d'Orange voulut à son tour forcer l'estacade; mais, après un combat acharné, elle dut également faire retraite. Une seconde tentative, renouvelée le surlendemain, n'eut pas plus de succès. Le prince ordonna une troisième tentative et voulut la diriger.

Il amenait deux grands vaisseaux nommés le Job Janssen et le Lion, et, en outre, une centaine d'outrés navires de différentes dimensions. Il avait, au moyen d'un pigeon, averti les assiégés de faire sortir leur flotte par les campagnes inondées. En même temps il les prévenait que le Job Janssen et le Lion protégeraient le débarquement des marins et des soldats qui seraient chargés de couper la digue. Les Espagnols avouent que ce plan aurait indubitablement réussi, si le colonel Mondragon n'en avait pas été prévenu par un matelot de Saint-Martinsdyck. Après s'être concerté avec Sancho d'Avila, il prit les mesures nécessaires pour déjouer le projet de l'ennemi. Il creusa le centre de la digue sur une longueur de plus d'une lieue, et il garnit ce fossé d'une nombreuse infanterie, ainsi mise à couvert de l'artillerie des vaisseaux.

Le dimanche, 27 mai, le Job Janssen, vaisseau amiral monté par plus de cinq cents hommes, s'avança si près de terre qu'il toucha. Marins et soldats tiraient sur la digue, tant du tillac que

' Le conseil d'État au Roi, 31 mars i 576. [Correspondance de Philippe II, t. III, pp. 478 et suiv.)

d02 SOULÈVEMENT DES PAYS-BAS.

de la hune. Quelques-uns s'emparèrent môine de deux pièces de canon qui étaient dirigées contre eux et les tournèrent contre leurs adversaires. Toutefois, les chefs n'osèrent pas débarquer des troupes sur la digue, parce qu'ils apercevaient les têtes des soldats espagnols. 11 est vrai que cette descente devait être combinée avec une sortie des assiégés, et que ceux-ci trompèrent l'attente du prince. Enfin, la marée commençante manquer, le Lion se retira avec les autres navires. Les Espagnols reprirent les deux canons de la digue, les tournèrent contre le Job Janssen échoué et le coulèrent à fond. Plus de quatre cents hommes furent noyés. Parmi eux se trouvait le libérateur de Leyde, l'amiral Louis de Boisot. Après avoir lutté longtemps contre les flots, sur une planche dont il s'était saisi, il fut entraîné dans l'abîme. — Vaillant gentilhomme, disait de lui le prince d'Orange, en parlant de cette catastrophe, vaillant gentilhomme, affectionné au bien de la cause commune. — Les assiégés, qui avaient enfin essayé, mais trop tard, d'appuyer l'entreprise du prince, durent aussi battre en retraite ^

L'issue funeste de cette suprême tentative, pour délivrer Zierikzee, découragea les assiégés. Le 9 juin, au matin, deux petites barques sortirent de la ville et, parvenues près d'un banc de sable, qui était situé en face d'un des forts occupés par les Espagnols, un soldat planta en terre une baguette fendue à l'extrémité et portant un billet. Averti par la sentinelle, le commandant du fort fit prendre le billet qui fut remis à Mondragon.

' U. DE ^ÎE^DOÇA, Ccnîmen/afrps, liv. XV, chap. IV et V. — N Brunynck à .Ie;in de Nassau, de la Vere (pays de Walcheren), l"juin 1570 ; Louise de Lourbon au prince d'Orange, Delfl, 2 juin, el le prince d'Orange a Jean de Nassau, de Campher ^Walcheren), 9 juin -1570. [Archives de la maison cl' Orange- Nassau, t. V, pp. 364 el suiv.) — Roda au secrétaire Çayas, 3 mai, et au Roi, 30 mai 1376. [Correspondance de Philippe 11, t. IV, pp. 426 et <80.) — Correspondance du conseil d'État avec le colonel Mondragon. [Ibid., t. IV, appendice, pp. 543 et suiv.j

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