LIVRE XI (157G
les plus fervents et les royalistes les plus fidèles, ne songeaientils qu'au moyen de se débarrasser au plus vite « de ces croqueflorins et mangeurs des rois et princes. » En plein conseil d'État et de guerre, Julian Romero avait déclaré que les Espagnols, plus avides et plus impatients que les autres, marcheraient « têtes baissées et enseignes déployées " vers Bruxelles pour être payés ' .
En effet, pendant qu'ils campaient encore devant Zierikzee, les Espagnols de Sancho d'Avila disaient u à pleine bouche » qu'ils ne tarderaient point à ^ enir en Brabant pour s'y rafraîchir. La capitulation conclue par Mondragon augmenta leur colère, car ils comptaient, avant de marcher sur Bruxelles, piller et saccager Zierikzee. Le 2 juillet, le régiment wallon de Mondragon entra dans la ville, non sans devoir lutter contre les Espagnols de Sancho d'Avila, furieux de la préférence accordée à leurs rivaux. Les enseignes du tercio de Francisco Valdès finirent par se mutiner ouvertement, chassèrent leurs officiers, pillèrent les villages et quittèrent l'Ile de Schouwen, se dirigeant vers le Brabant. Une autre compagnie espagnole abandonna le village de Lillo, à la vue des bateaux du prince d'Orange, pour se joindre aux mutinés de Zierikzee. Lorsqu'ils eurent franchi la frontière de Brabant, ils firent célébrer une messe pendant laquelle ils jurèrent solennellement de rester fidèles les uns aux autres. Entrés dans Herenthals, au nombre de seize cents, ils placèrent, selon les traditions des émeutes militaires, un electo à leur tête "^
Le conseil d'État tenta de négocier avec eux. Il leur envoya le comte de Mansfeldt, qui leur offrit le pardon de ce qui s'était passé, cent mille florins sur la somme promise par les bourgeois
' Le conseil d'État au Roi, Bruxelles, 26 juin 1576. [Correspondance de Philippe 11, t. IV, p. 206-213.)
* Discours véritable sur ce qui est advenu toiichanU'alborote et csmoiion des Espaignols mutinés es isles de Zélande, etc. (Bruxelles, 1576.) — Van Meteren, fol. M 9. — Bor, liv. IX. — Mémoires de Champagney, p. 84.
de Zierikzee et, en outre, trois mois de solde à prélever sur le premier argent qui viendrait d'Espagne*. Ces propositions parurent insuffisantes. Les mutinés exigeaient tout ce qui leur était dû, c'est-à-dire vingt-deux mois de solde, une augmentation de gages, et, comme garantie, une bonne ville dont on les mettrait en possession. Convoitant Malines, ils écrivirent au conseil de la commune pour obtenir la permission d'y loger une seule nuit. Mais cette demande insidieuse fut repoussée. Le conseil d'État envoya d'ailleurs, au secours de Malines, une enseigne de Wallons et confia à George de Lalaing , baron de Ville, la mission de faire bonne garde dans cette place importante.
Ne pouvant s'emparer de Malines, les mutinés s'avancèrent jusqu'au village de Grimberghen, à deux lieues de Bruxelles, où le capitaine Montesdoca vint les trouver de la part du comte de Mansfeldt. Les mutinés lui promirent de ne bouger de là et d'y attendre la résolution du conseil d'État. Mais, loin de tenir parole, ils se rendirent à Assche et dans d'autres lieux qui les rapprochaient encore de Bruxelles. Montesdoca étant revenu dans leur camp, ils le chassèrent à coups d'arquebuse, parce qu'il n'apportait pas d'argent. Puis, ils feignirent de se raviser et lui écrivirent de revenir le lendemain, promettant de lui donner une réponse satisfaisante. Mais le jour même, c'est-à-dire le 25 juillet, ils s'approchèrent d'Alost et escarmouchèrent depuis le matin jusqu'au soir contre les villageois qui gardaient un pont sur la Dendre. Enfin, un traître leur indiqua, près de cette rivière, la porte d'une maison qui pouvait leur donner accès dans la ville. Cette porte ayant été brisée, les mutinés entrèrent dans Alost les uns après les autres, au nombre de deux mille. Il était alors dix heures du soir. Les bourgeois essayèrent de résister : trente
' Le conseil d'Élat au Roi, 15 juillet 1570. [Correspondance de Philippe II, t. IV, p. 239.)