‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 57 sur 103 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

Espagnols furent tués ; mais les mutinés étaient les plus forts. Ils prirent, comme otages, les habitants les plus notables et pendirent à la porte de la ville un sergent-ofïîcier du Roi.

Après cette facile victoire, ils régularisèrent leur occupation.

Les cent soixante et dix paroisses qui formaient le pays et comté d'Alost durent s'engager à payer, à chacun des mutins, deux réaux par jour. Bientôt une terrible inquiétude régna à Bruxelles et à Gand. Le 30 juillet, pendant la nuit, le beffroi appela tous les bourgeois de Gand aux armes, parce qu'on redoutait une attaque des Espagnols qui étaient sortis d'Alost ' .

Le conseil d'État, redoutant pour lui-même l'irritation croissante du peuple, voulut déraciner l'opinion qu'il était complice des mutinés. Il prit une résolution énergique : sans consulter ni Roda, ni don Alonzo de Yargas , général de la cavalerie légère, ni le mestre-de-camp JuHan Romero, quoique ces derniers fussent du conseil de guerre, il mit en quelque sorte hors la loi les soldats de Philippe II. Par un manifeste du 2 août, qui fut publié à Bruxelles et dans toutes les provinces, le conseil d'État déclara les mutinés d'Alost désobéissants, rebelles, ennemis du Roi et du pays ^.

' Le conseil d'État au Roi, Bruxelles, 27 juillet 1576. {Correspondance de Philippe II, t. IV, p. SOI.) — Van Meteren, fol. 420. — Mén aires anonymes, t. I", p. ■195. — Mémoires de Champagney , p. 83. — Memorieboek der stad Ghenl, 3^ deel.

* Le Manifeste du conseil d'État, donné à Bruxelles, le second jour du mois d'août iS76, était intitulé Discours véritable sur ce qui est advenu touchant l'alhorole et csmolion des Espaignols mutinés es islis de Zélande, incontinent après la prise de Zierikzee, le second de juillet 1S76. (Imprimé en la ville de Bruxelles, par Michiel de Hamont, imprimeur juré de Sa Majesté, l'an ■1576.) — Roda au Roi, Bruxelles, 7 août -1576. [Correspondance de Philippe II, t. IV, p. 2S7.) — A propos de cette sédition, Renon de France (Mss, 3« part., chap. VIII), écrit ces remarques digues d'attention :

« ... Bienheureux ces Espagnols, si Sa Majesté les eût rappelés ung an

t08 SOULÈVEMENT DES PAYS-BAS.

La surprise d'Alost, par les mutinés, avait causé, à Bruxelles, une profonde émotion. Les portes de la ville furent fermées et les bourgeois se mirent en armes pour défendre les murailles. Ils étaient neuf mille environ sous la conduite de deux capitaines nommés par la commune : Corneille de Straten, avocat en la chancellerie de Brabant, et l'hôte de l'Écu de Hongrie. L'exaspération du peuple contre les Espagnols était au comble. Déjà, le 23 juillet, au matin, trois cents arquebusiers bourgeois s'étaient rendus à l'hôtel d'Egmont, occupé par Roda, s'en étaient fait ouvrir les portes et l'avaient fouillé depuis le haut jusqu'en bas. Pendant cette visite domiciliaire, Roda se trouvait au conseil d'État. Le 26, un de ses secrétaires fut arquebuse à la Cantersteen, parce qu'il s'était vanté qu'il laverait ses mains dans le sang des bourgeois de Bruxelles. On entendait retentir dans les rues ce cri menaçant : Mort aux Espagnols! Roda, Julian Romero et don Alonzo de Vargas, pour lesquels on pouvait redouter l'exaspération populaire, furent conduits au palais des souverains par le comte de Mansfeldt. Ils refusèrent ensuite de sortir de cet asile,

auparavant, pour servir ailleurs, parce que le peuple ne se fut armé pour sa défense, ni Sa Majesté receu les advis contraires et diCférens, pendant lesquels les affaires du prince d'Orange se redressèrent, le peuple s'aigrit, les estais se joindirent, escbauEfèrenl et embrassèrent les conseils pernicieux du prince d'Orange, ouvrant la porte (parmi les practiques et finesses des sectaires et héréticques) à tant de désordres et confusion que les calbolicques, plusieurs officiers et serviteurs du Roy, aussi bien que les pervers et méchants, sont devenus fols par compagnie, par despit, par altération de bonne volonté et par contagion. Aultres (comme arrive aux divisions civiles) faisoient les temporiseurs , regardoient venir l'orage, s'accommodoient au temps, à la pluie, à la sédition et fureur populaire. Tout ceci a depuis petit à petit engendré et causé la désunion des provinces et espuisé toutes les richesses d'Espagne, ensemble consumé un tel nombre de capitaines et soldats que la postérité ne le croira jamais... »

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