LIVRE XI (IbTfi). 4 H
au comte du Rœulx, comme gouverneur de la Flandre, bien qu'on le soupçonnât de partialité pour les Espagnols K
Les mutinés, maîtres d'Alost, brûlaient les villages jusqu'à Gand. Ils n'épargnèrent même pas l'abbaye d'Afflighem; ils exercèrent des violences atroces sur les moines et en pendirent même quelques-uns par les parties honteuses afin de découvrir le trésor de l'abbaye. Ces outrages eurent pour résultat de rendre plus odieux encore le nom espagnol. Partout les paysans se procuraient des armes et vendaient jusqu'à leurs vaches pour en acheter ^. Les ecclésiastiques eux-mêmes considéraient alors les soldats du Roi comme des ennemis et des rebelles.
En présence des dangers qui les menaçaient, les trois provinces principales des Pays-Bas méridionaux (Brabant, Hainaut et Flandre) s'étaient étroitement rapprochées. Lorsque les soldats du régiment wallon de Mondragon, qui occupait Zierikzee, se furent également mutinés et eurent fait prisonnier leur colonel '', les patriotes de Bruxelles envoyèrent des députés dans toutes les provinces pour exposer qu'il était temps de réunir les états généraux. Le Hainaut et la Flandre appuyèrent énergiquement ce vœu dont la réalisation devait amener, selon les prévisions du parti national, la chute de la domination espagnole.
Sancho d'Avila, châtelain du château d'Anvers, entreprit alors, d'après les suggestions de Roda, de concentrer sous sa main les vieilles bandes et de lutter contre le parti national.
' VanMetere>, fol. 120.
^ « .... Pour acheter des armes, tous se sont endettés; les cultivateurs ont vendu jusqu'à leurs vaches. » Roda au Roi, 30 août -1570, (Correspondance de Philippe II, t. IV, p. 331.)
' « .... Les Wallons du régiment du colonel Mondragon, demeurés aux îles de Zierikzee et de Duveland, se sont mutinés aussi, et tiennent prisonnier ledit colonel dans la ville ... » Roda au Roi, 15 et 46 juillet 1576. [Correspondance de Philippe II, t. IV, p. 251 .)
Avant la capitulation de Zierikzee, Champagney, gouverneur d'Anvers, était rentre dans cette ville, par ordre du conseil d'État, avec huit enseignes du régiment du comte Othon d'Eberstein qui venaient de la Flandre. Le comte de Mansfeldt, au nom du conseil d'État, remit au colonel Eberstein une déclaration portant que Champagney aurait dans la ville d'Anvers le commandement qui appartenait au gouverneur et capitaine, qu'il donnerait en conséquence le mot du guet et que les gens de guerre devraient lui obéir. Le comte d 'Eberstein promit, de son côté, que ni lui ni ses compagnies n'accorderaient l'entrée dans la ville d'Anvers à nuls autres gens de guerre, quels qu'ils fussent, sans exprès commandement du conseil d'État '.
Le comte d'Eberstein, retournant à Bruxelles, laissa à Anvers son lieutenant-colonel Hans Moussenham. Lorsque le conseil d'État eut déclaré rebelles les Espagnols mutinés, Champagney ne voulut point faire publier ce manifeste dans la ville d'Anvers, de peur d'indisposer les marchands étrangers, de crainte aussi de fournir aux mutinés un prétexte pour se rapprocher de la ville et à Sancho d'Avila une occasion pour les recueillir. Mais Roda, par l'entremise de Charles Fugger, colonel d'un autre régiment d'Allemands, fit conseiller à Sancho d'Avila de ne plus garder de ménagements. Le châtelain d'Anvers enjoignit alors aux galères royales de l'Escaut, qui étaient placées sous son commandement, de fournir des munitions de guerre aux mutinés d'Alost. En même temps le colonel Fugger faisait approcher d'Anvers quelques compagnies de son régiment. Un
' Toutefois Champagney écrivait au conseil, le 13 juillet 1576 : « ... Il vous plaira ordonner, afin que une proclamation soit faite de votre part par laquelle on commande à tous gens de guerre espagnols se retirer d'ici, car tous les jours le nombre croît davantage... » (Lettres inédites de Champagney. Bydragen lot de oudheidkunde en geschiedenis, inzonderhekl van Zceuwsch- Vlaanderen, t. V, pp. 238 et suiv.)