‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 62 sur 103 · LIVRE XI (1370). il · texte numérisé non relu

LIVRE XI (1370). il

sorte, ou de le laisser entrer avec des troupes. » Le comte de Mansfeldt fut le seul qui cherchât à atténuer cette violente sortie. « Nous devons recevoir ce gouverneur, dit-il, de la manière que Sa Majesté nous l'ordonnera, et il n'y a pas lieu de s'occuper davantage de ces choses. i> Les autres membres gardaient le silence ^ .

Le marquis d'Havre était arrivé à Bruxelles le 30 juillet, de retour d'Espagne. Il apportait l'information officielle que don Juan d'Autriche était nommé gouverneur général des Pays-Bas, et, pour le surplus, des promesses équivoques, comme toujours. L'arrivée du marquis n'avait donc rien changé. Elle avait seulement eu pour résultat de renforcer la fraction du conseil d'État opposée aux Espagnols d'un personnage très-vain, ambitieux et entreprenant, bavard et inconséquent, comme son frère, le duc d'Arschot. Quoiqu'il n'eût pas la qualité de membre du conseil d'État, le marquis fut néanmoins associé à ses délibérations. Champagney était un homme d'une tout autre valeur. Pour ruiner les projets de Sancho d'Avila, il avait proposé au duc d'Arschot et à d'autres du conseil d'État, de faire cerner la maison cil se réunissaient, à Anvers, le châtelain de la forteresse et ses auxiliaires, et de s'emparer d'eux; il se faisait fort de réussir, avec l'aide du lieutenant colonel Moussenham : mais ce conseil viril ne fut pas suivi ^.

Les adversaires de la domination espagnole commirent une

* Notules du conseil d'État (10 août). — Le conseil d'État au Roi, 12 et

14 août. [Correspondance de Philippe II, t. IV, p. 297.) — Roda aii Roi,

15 août 1576. [Ibid., t. IV, p. 31 2.) En rapportant à Philippe H les menaces proférées par le duc d'Arschot, Roda disait : <.• Don Alonzo de Vargas, Julian Romero et moi trouvâmes que c'étaient là des paroles qui auraient mérité, si les choses n'étaient pas dans l'état où elles sont, que nous en punissions sur-le-champ l'auteur, en le frappant de nos poignards. »

* Mémoires de Champagney, p. 91 .

autre faute. Le 1 1 août, ils laissèrent sortir de Bruxelles Roda avec don Alonzo de Vargas et le mestre-de-camp Julian Romero. Or ceux-ci se rendirent à Anvers, sous divers prétextes, et n'en bougèrent plus. Roda annonçait d'ailleurs l'intention de ne plus retourner à Bruxelles, à cause du danger qu'y courrait sa personne ' . Il devint le chef, le président d'un gouvernement militaire qui se composait d'Alessandro de Gonzaga, de Sancho d'Avila , du mestre-de-camp Francisco Valdès, du colonel Verdugo, de don Alonzo de Vargas, de Julian Romero, du commissaire général de la cavalerie Antonio de Olivera, et du provéditeur Juan de Issunca ^.

Feignant de se rendre à une invitation de Roda, le comte de Mansfeldt, le marquis d'Havre, le président du conseil privé et le S'' de Grobbendoncq , trésorier général, vinrent à Anvers le 24 août, comme mandataires du conseil d'État. Leur but ostensible était de se procurer de l'argent : niRis, en réalité, ils étaient chargés de négocier la soumission de Roda et de ses adhérents. Roda, stipulant au nom de ceux-ci, exigeait deux choses : la cessation des levées autorisées par le conseil et la translation du siège du gouvernement à Anvers ou à Malines. Les délégués parurent très-accommodants ; ils promirent de faire en sorte que les levées de troupes cessassent et, quant au déplacement du conseil,

' Rodaau Roi, -15 août 1376. [Correspondance de Philippe II, t. IV, p. 313.) ' Champagney, écrivant, le -18 août, au conseil d'État, disait que Roda et ses acolytes se moquaient de l'autorité du conseil. « ... A temporiser, poursuivait-il, avec gens si indiscrets et oultrecuydez, vous pouvez voir que vous perdez tous les jours davantage et que le nombre et audace croît jusqu'à s'égaler à vous, ou pour mieux dire à ne faire rien de ce que vous commandez... C'est une chose étrange de voir ce que nous passons et que une telle ville comme ceste-cy (dont la somme de toutes les affaires dépend) on la laisse ainsi au bénéfice de nature et à la volonté et service de ces séditieux... » {Bi/dragen, etc., t. V, pp. 238 et suiv.)

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