‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 63 sur 103 · LIVRE XI (1S · texte numérisé non relu

LIVRE XI (1S

de tâcher, avec leurs collègues, d'avoir égard à des observations dont ils ne méconnaissaient pas la justesse. Dans une conversation particulière qu'il eut ensuite avec Roda, le marquis d'Havre se conduisit platement ; il offrit à ce licencié de Murcie l'alliance des Croy, s'il voulait user de son influence près du Roi pour faire nommer le duc d'Arschot premier chef des finances et lui, marquis d'Havre, membre effectif du conseil d'États Le marquis ne mentionna point cet incident dans le rapport qu'il fit au conseil le 27.

Le 2 septembre, le S"" de Grobbendoncq retourna à Anvers pour négocier, avec l'aide de Roda, une avance de fonds sur des lettres de change venues d'Espagne. Il tâcha encore, en cette occasion, de faire cesser le schisme qui avait éclaté dans le conseil d'État et de guerre. 11 promit à Roda que, du moment oii les soldats mutinés auraient évacué Alost, Bruxelles lui offrirait toute sûreté, et il l'engageait, en conséquence, à y revenir. Mais Roda continuait à faire la sourde oreille -.

Pour prévenir l'effet des informations inexactes ou calomnieuses que les ministres espagnols auraient pu transmettre au Roi et à don Juan d'Autriche, le conseil d'État chargea un de ses membres, le S*" de Rassenghien, de se rendre en Espagne, afin d'éclairer Philippe II sur la véritable situation du pays. Il partit le 1 <■'■ septembre avec un ample mémoire dans lequel le conseil résumait les événements qui s'étaient passés depuis la mort de Requesens et indiquait les vrais remèdes à une situation si déplorable, c'est-à-dire : la retraite des Espagnols et des autres troupes étrangères, la convocation des états généraux, la paix

' Roda au Roi, d'Anvers, 30 août 1576. [Correspondance de Philippe II, t. IV, pp. 331 et suiv.)

* Relation de Gaspard Schetz , seigneur de Grobbendoncq, dans les Analectes historiques, de Gachard, t. IV, pp. 52 et suivantes.

avec la Hollande et la Zélande, l'appel des bandes d'ordonnance qui formaient l'élite des troupes nationales, enfin, le maintien des privilèges, des droits et des lois du pays. Rassenghien avait charge expresse, s'il échouait, de déclarer au Roi que ceux du conseil d'État se démettraient de leurs fonctions. Le conseil ajoutait qu'il ne pourrait peut-être pas attendre, pour prendre une décision, le retour de son plénipotentiaire, tant était grand l'antagonisme entre les Espagnols , qui bravaient et menaçaient le peuple, et le peuple résolu, au péril de sa vie, de se défendre '.

Cette vive peinture n'était nullement exagérée. Roda, de son côté, écrivait au Roi : <t Les insolences des naturels du pays vont en augmentant chaque jour, jusqu'à ce point que les prédicateurs osent dire déjà qu'on peut, sans scrupule de conscience, tuer les Espagnols qui font tant de mal au pays; et c'est là le langage qui se tient communément dans toutes ces provinces ^... »

La ville de Bruxelles, gardée par vingt mille bourgeois armés, était comme en pleine révolte. Le prince d'Orange y dominait par ses partisans. Le peuple, sous l'influence irrésistible du Taciturne, voulait non-seulement combattre les mutinés, mais aussi réduire à l'impuissance tous ceux qui refusaient de se déclarer ouvertement contre la prépotence espagnole et royaliste. Déjà le comte de Mansfeldt, gouverneur de Bruxelles, avait été obligé de rendre à la commune les clefs de la ville, et le peuple ne faisait pas plus de cas de lui et du comte de Berlaymont, que si ces seigneurs blanchis au service de l'État avaient été de misérables valets ^.

* Instruction du conseil d'État pour le S"" de Rassenghien. (31 août.) Correspondance de Philippe II, t. IV, p. 342.

* Roda au Roi, d'Anvers, 4 septembre 1576. {Correspondance de Philippe II, t, IV, p. 347.)

' Le colonel François Verdugo à de La Margelle, lieutenant de son régiment, à Harlem, d'Anvers, \" août 1570. Archives de la maison d'Oramjc- Nassau, t V, p. 386.

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