‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 65 sur 103 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

Après avoir fait occuper par ses troupes, contre la volonté des comtes de Mansfeldt et de Berlaymont, le château et la ville de Vilvorde, Ilèze jugea le moment venu de se débarrasser du conseil.

Le 4 septembre, vers neuf heures du matin, Jacques de Glymes, à la tête de trois cents mousquetaires, se dirigea vers le palais des souverains, oii le conseil d'État délibérait dans la salle qui lui était réservée. Suivi de ses soldats à la file, de Glymes monta les degrés qui conduisaient à cette salle. La porte restant fermée, les mousquetaires la brisèrent à coups de hache et de marteau. Dans la salle étaient réunis les comtes de Mansfeldt et de Berlaymont, Christophe d'As.sonleville , le président Sasbout, Jean- Baptiste Berty, secrétaire d'État, et Urbain Scharenberger, autre secrétaire d'État pour la langue allemande. Avec eux se trouvait le marquis d'Havre. Jacques de Glymes respecta celui-ci comme s'il avait écé du complot, et, en effet, ce seigneur l'approuvait, car il disait, en souriant, au lieutenant de Ilèze, qu'il faisait bien. Les autres ministres et les secrétaires ayant été déclarés prisonniers, Jacques de Glymes leur fit ôter assez brutalement les épées qu'ils portaient. Après avoir mis des gardes devant la chambre du conseil privé, il ordonna au comte de Berlaymont et à ses compagnons d'infortune de le suivre. Il les conduisit à pied, précédés et suivis de deux escouades d'arquebusiers, de trente hommes chacune , mèches allumées , par la grande rue (aujourd'hui Montagne de la Cour), sur le Marché, et les fit entrer dans l'édifice connu sous le nom de Maison du Roi, où les infortunés comtes d'Egmont et de Bornes avaient passé leur dernière nuit. Berlaymont et ses collègues furent enfermés séparément et sans pouvoir communiquer entre eux. En même temps des arquebusiers pénétrèrent dans la maison de Yiglius et le gardèrent à vue. Quant au duc d'Arschot, on se contenta de placer une garde de mousquetaires devant et derrière son hôtel.

Cet acte audacieux excita clans Bruxelles une grande émotion. Les états de Brabant étaient alors réunis à l'hôtel de ville et pouvaient voir de leur balcon des ministres du Roi conduits à travers le Marché comme des criminels. Quelques membres, ayant fait appeler Jacques de Glymes, lui demandèrent par quelle autorité il avait accompli une action si téméraire. — Par commission, répondit-il. — De qui? — De M. de Hèze. — 11 exhiba une « cédule » signée de celui-ci et où se trouvait la liste des prisonniers. On lui demanda encore pourquoi le bruit était répandu que cette arrestation avait été faite par le mandement des états; il resta muet.

Déjà le S"" de Beersel, colonel d'un régiment national ', était monté à cheval pour porter aux états de Hainaut et de Flandre la nouvelle du grand événement accompli dans Bruxelles.

Vers midi le tumulte avait cessé. A une heure, Hèze, accompagné de quelques gentilshommes de sa faction, se rendit à l'hôtel occupé par l'abbé de Parc lez-Louvain, membre des états de Brabant. Celui-ci, quoique participant au complot, s'était absenté. Mais là se trouvait un autre prélat des états de Brabant, Jean Van der linden, abbé de Sainte-Gertrude (de Louvain aussi), que l'on regardait comme le chef même de la conspiration. Avec lui étaient les patriotes les plus marquants, entre autres l'avocat Liesvelt, qui avait été un des défenseurs du comte d'Egmont. Les délibérations se prolongèrent jusqu'à huit heures du soir. L'ordre fut enfin donné à Jacques de Glymes d'arrêter également le docteur Louis del Rio, le prévôt Fonck et Boisschot, gardés depuis le matin dans la chambre du conseil privé. On les conduisit dans la maison d'un sergentqui demeurait sur le Marché,

' Jean de Withem, baron de Bautersem, Sgr de Beersel, Braine- Lalleud, etc., avait été nommé par le conseil d'Élat, leH aoiit 1576, colonel d'un régiment de dix enseignes de gens de pied.

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