‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 66 sur 103 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

d'où ils furent transférés trois ou quatre jours après dans la prison du Treurenberg et dans d'autres geôles. Les complices du S"^ de Hèze aN aient eu soin, d'ailleurs, de s'emparer de tous les papiers du conseil d'État, surtout des minutes des lettres qu'il avait adressées au Roi et des réponses du souverain '.

Après avoir accompli un acte vraiment révolutionnaire, les patriotes, qui en avaient eu l'idée, surent bien en démontrer la nécessité. Comme des bourgeois et gens d'église recherchaient le véritable auteur devant l'abbé de Sainte-Gertrude , celui-ci répondit : » Pourquoi vous enquérez-vous de l'auteur ? Dieu est l'auteur. Dieu est celui qui les a arrêtés, pour la conservation et la grande utilité de notre patrie, car autrement la paix ne se pourrait négocier avec le prince d'Orange ; autrement la patrie ne pourrait jamais être rétablie dans son ancien état ^. »

Les promoteurs de l'épuration du conseil d'État s'empressèrent d'ailleurs de justifier publiquement leur œuvre par un écrit destiné à avoir un grand retentissement '. Ils affirmaient que, au lieu de punir les Espagnols mutinés et d'exécuter contre ceux-ci les édits publiés de leur autorité, les membres arrêtés du conseil étaient de secrète intelligence avec ces rebelles et voulaient que

' Mémoires anonymes, t. -l"^ p. 2('i-206. — Commentaires de B. de ME^DOÇA, liv. XV, chap. VIII. — Brief recueil des choses mémorables passées es Pays-Bas, Mss, fol. 26 v». — Mémoire de Laurent Metsius. — Le conseil d'État au Roi, 22 septembre. [Correspondance de PliUippell, t. IV, p. 38i.) — Roda au Roi, d'Anvers, G septembre, et au duc Eric de Brunswick, .30 septembre 1570. [Ibid. t. IV, p. 353 et 404.) — Discours sur le gouvernement du conseil d'État. IJbid., t. IV, p. bil.) — Rapport des députés des états de Hainaut. [Analectes historiques, t. Il, p. 370.)

^ Cette conversation est rapportée dans le précieux mémoire de Laurent Metsius,

" Justification du saisissement et séquestration d'atilcuns Srs du conseil d'Estat etaultres au Pays-Bas. (Bruxelles, 1376), passim.

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l'on s'accordât avec eux et qu'on leur pardonnât et leur rébellion et la surprise d'Alost. Ils leur imputaient, selon la rumeur publique, d'avoir même attiré ces troupes rebelles vers Bruxelles. Ils leur reprochaient encore d'avoir entravé secrètement la levée des gens de guerre nationaux par eux accordée aux états de Brabant et d'avoir voulu prendre à leur solde d'autres troupes pour les opposer à celles des états. Ils disaient enfin que leur but tendait à retenir les mutinés d'Alost, jusqu'à ce que de nouvelles troupes fussent arrivées d'Espagne. Alors on établirait sur le peuple une perpétuelle servitude qui aurait pour base l'inquisition espagnole, et l'on mettrait à mort plusieurs de la principale noblesse. <i C'est, poursuivaient-ils, pour les empêcher d'exécuter cet abominable complot, et pour arrêter le peuple qui, dans sa fureur, se serait jeté sur le conseil d'État, que des hommes, animés d'un zèle ardent pour le bien du pays, ont trou\'é nécessaire de séquestrer pour quelque temps certains membres du conseil et d'autres ofTiciers, et de leur ôter les moyens de réaliser leurs coupables desseins. => Ils protestaient qu'ils n'entendaient nullement préjudicier à l'ancienne religion catholique ni à la grandeur du Roi, ou se détacher de son obéissance; qu'ils n'avaient pour but que d'affranchir leur patrie de l'inique gouvernement des Espagnols rebelles.

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