LIVRE XII (157 G
seconda, avec le plus d'énergie, les états de Brabant. D'accord avec les délégués du clergé et de la noblesse, il adressa aux autres provinces un manifeste déclarant que le Hainaut appuyerait, par la force des armes, les mesures qui seraient adoptées pour le salut de la patrie. Il exhortait les autres provinces à suivre cet exemple ' .
La première réponse vint de la Flandre. Le comte du Rœulx, gouverneur, et les états annoncèrent la résolution d'envoyer des députés à Bruxelles, pour délibérer, avec ceux des autres provinces, sur les moyens d'éloigner les troupes étrangères et de conclure une bonne paix avec la Hollande et la Zélande, en maintenant, toutefois, l'ancienne religion catholique et l'obéissance due au Roi.
Les députés flamands arrivèrent aussi les premiers à Bruxelles. Ils furent joyeusement reçus par vingt compagnies de soldats bourgeois qui allèrent à leur rencontre, accompagnés des seigneurs et des notables de la ville, et qui les escortèrent jusqu'à leur logis. Les députés du Hainaut ne tardèrent point à rejoindre ceux de la Flandre ^.
Léo septembre, les états de Brabant avaient envoyé, à Anvers, un officier de cette ville avec l'ordre de s'emparer de Roda et de réclamer, à cet effet, le concours de Champagney et du comte d'Eberstein, commandant des troupes allemandes. Roda, averti, quitta la maison qu'il occupait, monta dans un coche et se rendit à la citadelle. Quand il fut en sûreté dans cette forteresse, il pré-
' Ce manifeste, daté du 6 septembre, portait aussi les signatures de l'abbé de Saint-Gbislain, de l'abbé de Hasnon, de Charles de Gavre et d'Antoine de Gongnies. LeUres inédUes de Philippe, comte de I.alaivg, publiées par Diegerick dans le Bulletin de la commission royale d'histoire, 2e série, t. VIII, p. 433.
' Actes des états généraux, t. \", p. 3. — Mémoires anonymes, t. -I"', p. 321 . — Analectes historiques, t. II, p. 370,
tendit que, lui seul, depuis l'emprisonnement des membres du conseil d'État et la trahison du duc d'Arschot, représentait légalement le roi d'Espagne, souverain du pays. Il s'intitula gouverneur et capitaine général et, s'adjoignant le conseil de guerre, voulut faire reconnaître son autorité par les états des provinces et les conseils des villes ' .
Les vieilles bandes espagnoles occupaient la citadelle d'Anvers, la ville de Maestricht, le château de Gand, le château de Valenciennes et celui d'Utrecht. Les chefs ne se dissimulaient pas que leurs adversaires chercheraient à s'emparer de ces derniers refuges de la domination étrangère. Aussi don Alonzo de Vargas, dès qu'il fut arrivé au château d'Anvers, se proposa-t-ii de rassembler toute la cavalerie espagnole, afin de la conduire au-dessus de Bruxelles, de passer la Senne, d'entrer en Flandre, d'apaiser et de rallier les mutins d'Alost et de marcher au secours du château de Gand, déjà bloqué par le comte du Rœulx.
• Mémoires de Champagney, p. 90 — Van Meteren, fol. 121. — Roda au Roi, d'Anvers, 6 et 18 septembre 1576. [Correspondance de Philippe II, t. IV, pp. 353 et 380.). — « ... Je ne suis pas ambitieux, quoi qu'ils en disent, écrivait-il au r.oi, mais extrêmement désireux de remplir mes devoirs et mes obligations, et j'aurais été heureux que ce ne fût pas, comme c'est pour moi, une impérieuse nécessité de soutenir le nom et l'aulorité dudit conseil, eu égard au service de Votre Majesté, car ainsi j'aurais été quitte des soucis et des fatigues qui m'accablent aujourd'hui. Mais voyant que, suivant droit et raison, le conseil se conservait en ma personne, qui était libre, el que, pour les ministres de Votre Majesté et ceux qui sont attachés à son service, il était nécessaire d'avoir un chef, il a paru à tous qu'ils devaient me déclarer tel, car le duc d'Arschot n'est pas libre, retenu qu'il est à Bruxelles; et, fût-il libre, il est notoirement rebelle à Votre Majesté, puisqu'il assiste aux assemblées des états et y préside; c'est lui et son frère, Monsieur d'Havre (au dire do tous ceux qui viennent do Bruxelles), avec le comte de Lalaing et Monsieur de Hèze, qui conduisent ces danses... »