‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 71 sur 103 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

tait-il, que Dieu favorisera une si juste cause ^ i> Le baron de Hierges vint ensuite à Bruxelles, où les états lui firent bon accueil.

Les représentants du Brabant, du Hainaut et de la Flandre, réunis à l'hôtel de ville de Bruxelles, poursuivaient leurs délibérations. Le 25 septembre, ils avaient remis, avec l'approbation du conseil d'État, la direction des affaires de la guerre au duc d'Arschot, auquel le comte Philippe de Lalaing était adjoint comme lieutenant général. Le marquis d'Havre fut nommé, le 27, général de la cavalerie, et son commandement s'étendit ensuite sur les bandes d'ordonnance. Antoine de Gongnies, seigneur de Vendegies-au-Bois, eut la charge de grand maréchal du camp. Il fut résolu, le \" octobre, que l'on nommerait aussi un général pour l'infanterie, et les députés du Hainaut proposèrent le S"" de Hèze. Mais comme on ne put s'entendre, on différa la désignation du titulaire. Le comte d'Arenberg obtint enfin (29 octobre) la charge de chef ou général de toute l'infanterie ^

Parmi les gentilshommes qui s étaient mis au service des états, on remarquait le comte Philippe d'Egmont. Ce jeune seigneur était le fils aîné de l'infortuné Lamoral d'Egmont, décapité sur la

» Le comte de Boussu au S>- de Hierges, de Hoorn, dernier d'octobre 1576. {Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. V, p 469.)

2 Résolutions des états généraux des Pays-Bas, etc., mises en ordre et publiées par J. C. de Jonge (La Haye, 1828), t. I^r, passim. — Actes des états généraux, t. I", passim. — A propos de la nomination du duc d'Arschot, Laurent Metsius révèle les particularités suivantes : « ... Quant au duc d'Arschot, il accepta la charge soubz cesle condition : que tous les députez des estatz des provinces, après la messe et la procession, disneroyent avec luy, ce qui fut ainsy faict (car il avoit faict accoustrer et parer un disner royal). Fut disputé aussy longtemps des gages des officiers, car personne ne vouloit estre content de ces gages que l'on trouvoit, es anciens registres, assignés pour telles charges ; et, à la parfin, furent les gages augmentés pour la qualité d'uuchascun... »

Grand'Place de Bruxelles, le 3 juin 1368. Élevé à la cour de l'empereur Maximilien II, Philippe d'Egmont avait toujours marqué beaucoup do froideur à Requesens ; lorsqu'il revint dans les Pays-Bas, pendant l'hiver de 1 375, il ne rendit pas même visite au lieutenant de Philippe II ; il avait ensuite quitté précipitamment Bruxelles pour se retirer en France dans un de ses châteaux. Le 13 septembre, à midi, Philippe d'Egmont rentra dans Bruxelles comme un triomphateur. Accompagné du comte de Lalaing, du S'' de Montigny, de George de Homes, comte de Houtkercke ' , qui avait épousé Éléonore d'Egmont, et de beaucoup d'autres gentilshommes, reçu par des membres des états de Brabant et par le magistrat de la ville, escorté par trente compagnies de bourgeois armés d'arquebuses et de piques, qui étaient allés à sa rencontre hors la porte de Hal, le comte Philippe fut d'abord conduit à l'église de Sainte-Gudule, où une messe fut solennellement chantée, puis à l'hôtel d'Egmont, naguère occupé par Hiéronimo de Roda, Le S' de Hèze le prit sous son patronage et le mena à l'assemblée des états : le comte d'Egmont leur ofîrit son épée. Malgré l'opposition de quelques membres, il fut, le 24 septembre, nommé colonel de dix Il enseignes » des troupes nationales '^

Pendant le mois d'octobre, les députés de Namur, de Tournay, de la Flandre wallonne (Lille, Douai et Orchies) , de l'Artois, de Valenciennes , de Malines et d'Utrecht vinrent successivement s'adjoindre à l'assemblée de Bruxelles, ou annoncèrent leur prochaine arrivée. Des résolutions importantes avaient déjà été prises. Pour pou^oir accomplir leur œuvre

1 C'était le frère aîné du S' de Hèze.

« Mémoires anonymes, t. \", p. 208. — Roda au Roi, citadelle d'Anvers, 14 et 18 seplembre 1576. [Correspondance de Philippe II, t. IV, pp. 375 et 382.) Voirausslibid., t. III, p. 272. — Mémoire de Laurent Metsius.

LivuE XII (1576). dôS

nationale, les états avaient fait appel au dévoùment de tous les habitants ; ils les avaient requis tous, tant ecclésiastiques que séculiers, de s'associer, par des contributions volontaires, à l'expulsion des Espagnols et à l'affranchissement des Pays-Bas ' . Ils avaient envoyé Gauthier Vander Gracht, S'' de Malstede, en qualité d'ambassadeur, vers l'empereur Maximilien II, pour lui exposer les changements survenus dans les Pays-Bas et obtenir la protection de l'empire. Arrivé à Ratisbonne , le i 2 octobre, Malstede apprit que l'empereur était mort entre sept et huit heures du matin. Le lendemain, il fut reçu par Rodolphe II, et, quoique le nouvel empereur fût un zélé catholique, l'envoyé des états généraux n'eut pas à se plaindre de son accueil '^. Gilles de Lens, baron d'Aubigny, fut envoyé en Angleterre pour exposer à la reine ÉHsabeth les motifs qui avaient engagé les états généraux à prendre les armes contre les Espagnols et la prier de leur prêter deux à trois cent mille angelots '. Un autre ambassadeur, Philippe Vander Meeren, S' de Saventhem, s'était rendu à Liège sous prétexte d'y contracter un emprunt, mais, en réalité, pour former une alliance offensive et défensi\"e avec les Liégeois contre les Espagnols. Les trente-deux métiers, qui constituaient la commune de Liège, accueillirent avec empressement la propo-

' Instruction (arrêtée par les états, le dernier jour de septembre et approuvée par le conseil d'État, le 2 octobre) pour ceux qui seront par les magistrats et lois des villes et villages des Pays-Bas commis à la levée des deniers comptants, etc. Recueil Mss de la Bibliothèque royale. (Pièces curieuses touchant les troubles des Pays-Bas.) — On lit dans lesjR^so/î<tions des états généraux (t. ler, p, 68) que, le 25 octobre, l'évêque de Bois-le-Duc et d'autres membres des états sont députés, afin de persuader certains seigneurs et dames, habitant Bruxelles, de donner de l'argent ou leur vaisselle pour la défense de la pairie.

* Le S' de Malstede aux états généraux, de Ratisbonne, 14 octobre 157G, Actes des étals généraux, t. I^r, p. 22.

3 Ibid.,t. 1er, p. 25-28.

lof) SOULÈVEMENT DES PAYS-BAS.

sition des états généraux. Mais il n'on fut pas do même de révoque Gérard de Groesbeck; sa réponse fut réservée, froide et dilatoire '.

Les vieilles bandes du duc d'Albe, menacées de toutes parts, se préparaient à une résistance énergique. Bientôt même elles reprirent l'offensive.

Quatre enseignes du régiment de Hauts-Allemands du comte d'Ebcrstein étaient chargées de garder Maestricht, ville importante qui appartenait d'une manière indivise à l'évêque de Liège et au roi d'Espagne, comme duc de Brabant. Or, Francisco de Montesdoca, gouverneur de Maestricht, se défiant de ces Allemands, avait mis, dans les tours de la i)orte de Bruxelles, quelques soldats espagnols pour s'en assurer, en cas que les soldats d'Eberstein fissent défection. Pour lui, il était passé dans le faubourg de Wyck, relié à Maestricht par un pont célèbre et situé sur la rive droite de la Meuse, du côté de l'Allemagne. Wyck avait pour garnison la compagnie d'Espagnols de Martin de Ayala. On a vu que don Alonzo de Vargas et don Fernando de Tolède, après leur victoire de Vissenaeken, avaient vainement essayé de rallier les mutins d'Alost pour les conduire avec eux au secours du château de Gand. Ils venaient de rentrer dans le Brabant, lorsqu'ils apprirent que les Hauts-Allemands en garnison à Maestricht projetaient d'introduire les troupes des états dans cette ville. Don Alonzo de Vargas et don Fernando de Tolède se mirent aussitôt en marche. Mais ils étaient encore à six lieues de Maestricht que déjà les Allemands, d'accord avec les bourgeois,

' Actes des états généraux, t. I", p. 15. — Quelques lettres de Gérard de Groesbeck, publiées par Diegerick. [Bulleiin de l'Institut archéologique liégeois, t. III). — Mémoire de LaupentMetsils — LaBelgique elle pays de Liège, en 1576, par F. IIenaux. Dans cet opuscule, ^1. Henaux a commenté et reproduit les documents inédits qu'un hasard heureux lui avait fait découvrir.

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