‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 72 sur 103 · LIVRE XII (157G · texte numérisé non relu

LIVRE XII (157G

s'étaient déclarés pour les états. Le faubourg de Wyck seul restait au pouvoir de Montesdoca. Le magistrat de Maestricht le fit appeler sous prétexte de négocier avec lui. Mais lorsqu'il fut arrivé à l'hôtel de ville, on l'y retint prisonnier. Martin de Ayala accourut avec cinquante arquebusiers pour le réclamer. Les Allemands et les bourgeois prirent les armes et obligèrent don Martin de repasser le fleuve et de rentrer dans le faubourg.

Le 1 9 octobre, les états généraux avertirent ^é^ êque de Liège que les Espagnols avaient le projet de s'emparer de Tiiiemont et de Maestricht; ils annonçaient la résolution de pourvoir à la sûreté de Tirlemont et priaient l'évêquc de porter secours à Maestricht. Mais cet avertissement venait trop tard. L'armée, commandée par don Alonzo de Vargas et Fernando de Tolède, arriva le lendemain en vue de Maestricht. Ayala envoya un soldat pour faire connaître l'état des choses aux deux commandants. Sur cet avis, Fernando de Tolède passa la Meuse, avec toute l'infanterie, sur des bateaux, pour entrer dans le faubourg de Wyck. En même temps quelques chevau-légers, sous le commandement de Pierre de Taxis, mirent pied à terre, et, soutenus par l'infanterie de l'arrière-garde, s'approchèrent de la porte de Bruxelles, dont les tours, comme on sait, étaient gardées par des Espagnols. Après avoir pratiqué dans ces tours une trouée, ils rejoignirent leurs compatriotes et mirent le feu aux deux portes. Ne trouvant plus d'obstacle, la gendarmerie et la cavalerie espagnole s'engagèrent dans les rues et forcèrent les barricades élevées par les bourgeois. En ce moment don Fernando de Tolède et Martin de Ayala débouchaient sur le pont qui reliait le faubourg de Wyck à la ville. C'était une entreprise difTicile, attendu que la tête de ce pont était défendue par une redoute. Mais les chefs s'avisèrent d'un stratagème jusqu'alors inconnu. Chaque soldat força une femme de Wyck de marcher devant lui, pour lui servir de bouclier, et tirait en mettant l'arquebuse par-dessus les

épaules ou sous les bras de sa prisonnière. Sur ces entrefaites, Alonzo de Vargas, ayant incendié la porte de Bruxelles, entra dans la ville avec sa cavalerie, mit le feu aux maisons et répandit une si grande terreur que les défenseurs du pont quittèrent leur poste pour faire face aux nouveaux assaillants. Alors les Espagnols qui venaient de Wyck, toujours précédés de leur avantgarde de femmes, franchirent le pont et pénétrèrent aussi dans la ville. Les bourgeois, cependant, se défendaient avec héroïsme : quinze cents furent tués ou noyés. Quant aux Allemands, ils s'étaient rangés en escadron sur la place Saint-Sprvais et n'avaient prêté aucune aide aux bourgeois ; ils se rendirent aux Espagnols sans opposer la moindre résistance. Ceux-ci s'étaient d'ailleurs empressés de délivrer Montesdoca, retenu à l'hôtel de ville, et Montesdoca libre avait ordonné le pillage, auquel participèrent même les Allemands qui s'étaient réconciliés avec les Espagnols. Don Fernando de Tolède se logea enfin dans la ville avec les compagnies de son tercio, et Alonzo de Vargas cantonna sa cavalerie dans les villages environnants * .

Pour lutter victorieusement contre les bandes espagnoles, encore si redoutables, il fallait l'union réelle de toutes les provinces des Pays-Bas ; il fallait une alliance sincère avec le prince

' B. DE I^IE^DOÇA, Commentaires, liv. XV, chap. IX et XIII. — Mémoires anomjmes, t. V^^ p. 227. — P. Colins, Histoire des seigneurs d'Enghien, p. 560.— Van Meteren, fol. 423.— Les états généraux écrivirent à l'évéque de Liège, le 26 octobre : » Nous ne saurions assez déplorer la fortune et himentable désastre do la ville de Maestricht, tant pour la douleur extrême et ruine des habitants, comme de l'imijortance de la place, et nous revient à grand regret qu'elle n'a été secourue ni assistée à temps, d'une part ni d'autre, spécialement qu'elle a été ainsi abandonnée ou bien livrée par les Allemands qui s'y trouvaient, contre leur propre devoir, obligation, promesse et serment... » Les états généraux conjuraient ensuite Tévéquede joindre ses forces aux leurs, pour reprendre Maestricht.

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