‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 73 sur 103 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

d'Orange ; il fallait la puissance irrésistible d'un patriotisme général, à la fois prévoyant et énergique. Or, depuis le commencement du mois de septembre, les « vrais patriotes j> avaient cherché à nouer des rapports étroits avec Guillaume de Nassau et les états de Hollande et de Zélande.

Un avocat au conseil de Flandre, Michel de Backere, adressa, le 3 septembre, une communication importante à l'ancien gouverneur de Zierikzee, Arnould Yan Dorp, qui se trouvait à Middelbourg près du prince d'Orange. Il affirmait que le conseil d'État, dont il se disait autorisé, était résolu de traiter rondement les préliminaires de la pacification et de la conclure vite, en peu de paroles et d'articles. Il demandait même que le prince d'Orange désignât dès lors une place propice pour les négociations K Quoiqu'il ne fût point vraisemblable que le conseil d'État, dont la majorité était royaliste, eût, avant son épuration, donné l'autorisation formelle de traiter de la paix avec le prince d'Orange, Van Dorp feignit d'ajouter foi entière à la communication de son correspondant. Il répondit , le 7, qu'il en avait référé au prince d'Orange et que ce dernier, ne désirant rien tant au monde que de voir la paix assurée, s'adresserait aux états de Hollande et de Zélande, afin qu'une bonne et prompte résolution fût prise sur les offres venues de Gand ^.

Le lendemain, Guillaume informait effectivement les états de Hollande que Van Dorp leur communiquerait différentes lettres, desquelles il résultait clairement que le conseil d'État avait l'intention d'entrer en communication avec lui pour traiter de la paix. En même temps il s'adressait directement aux agents

' Michel de Backere, de Tamise, à Van Dorp, Sgr de Tamise (Theemsche), Gand, 3 septembre 1576. [Archives de la maison d'Orange-Nassau, i. V, p. 400-402.)

* Van Dorp à Jlichel de Backere, Middelbourg, 7 septembre -1576. [Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. V, p. 402.)

dévoués qu'il avait à Bruxelles et par lesquels il dominait déjà cette ville ainsi que les états de Brabant.

Parmi ces « vrais patriotes i> on distinguait d'abord l'ancien défenseur de l'infortuné comte d'Egmont, l'avocat Liesvelt, que les ultra-catholiques désignaient comme un autre Architophel * . Les états de Brabant le chargèrent, après le grand événement du 4 septembre, de se rendre en Flandre et ailleurs, pour presser la réunion des états généraux, Liesvelt, qui devait recevoir un jour comme récompense la haute dignité de chancelier de Brabant, avait pour coopérateurs Henri de Bloyere, colonel de la bourgeoisie de Bruxelles, en \ 579, et premier bourgmestre, l'année suivante; Jean de Pennants, conseiller et maître des comptes en Brabant, et Christophe Roels, de Louvain, dit Jean de la Sale, pensionnaire des nobles de la Zélande, et qui se disait lui-même <c amoureux et observateur des vertus des deux frères, feu le S'' de Thoulouse et le S"" de Sainte-Aldegonde, » et naturellement enclin, dès qu'il était venu en âge de participer à l'administration des affaires pubHques, à servir le prince d'Orange *.

Le 10 septembre, Jean Théron, autre agent confidentiel du prince, partit de Middelbourg avec des lettres qui avaient pour but de stimuler et d'encourager les « vrais patriotes ^. » En

' L'évêque Metsius le dépeignait en ces termes : « H estoit auprès de tous en ceste réputation en laquelle jadis fut Architophel au temps d'Absalon, car son conseil estoit estimé un divin oracle ; et n'a esté rien attenté, pondant tous les troubles, sans son advis et conseil... »

^ Christophe Roels au prince d'Orange, 22 septembre 1576. [Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. Y, p. 417.)

^ Jean Théron, mêlé à la conspiration d'Anvers, de 1574, fut «détenu, — comme il le disait lui-même, —en une misérable captivité, l'espace d'un an, géhenne et tourmenté en telle sorte, qu'il en éloit presque perclus de ses membres, et, flnalement, condamne à une mort ignominieuse de laquelle il avoit été délivré contre toute espérance humaine. » Documents hisloriqucs inédits, publics par KEnvy.N de Volkaersbeek et Diegerick, t. H, p. 162.

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