‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 74 sur 103 · LIVRE XII (157G · texte numérisé non relu

LIVRE XII (157G

effet, Guillaume promettait de les seconder de tout son pouvoir. Mais, conservant quelques doutes sur la sincérité du conseil d'État, il priait Christophe Roels de lui mander si l'on ne voulait pas amuser le peuple et si les démarches faites près de lui étaient connues et approuvées des états de Brabant. Il remettait aussi à Jean Théron, pour être communiqué à Henri de Bloyere et à Roels, son avis sur la situation des Pays-Bas et les moyens d'y remédier. Il conseillait une union étroite et indissoluble, impliquant obligation générale pour chacun de maintenir et d'avancer la cause nationale de toutes ses forces, et sans pouvoir reculer, quelque difïiculté qui pût se présenter. Il lui semblait que le vrai et souverain moyen d'atteindre ce résultat était la création d'une confédération ou compromis, par lequel toutes les provinces en général, et chacune en particulier, ainsi que tous les seigneurs et gentilshommes les plus notables, s'obligeraient à jamais, par serment et signature, à maintenir la liberté de la patrie contre la tyrannie des Espagnols et de leurs adhérents « jusqu'à la dernière goutte de leur sang, » et de chasser ces étrangers, sous peine d'éternelle infamie. Il fallait rechercher ensuite et décréter les mesures les plus efficaces pour subvenir aux besoins de la guerre *.

Le Taciturne s'efforce en même temps d'encourager le comte du Rœulx, gouverneur de la Flandre, et d'exciter le patriotisme de Jean Hembyze, le puissant et célèbre échevin de Gand \

Il rappelle au comte du Rœulx l'amitié qui les unissait depuis

' Le prince rrOrange à Henri de Bloyere el à Ch. Roels, de Middel- Lourg, 4 4 septembre \blG. {Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. III, p liO, et Archives de la maison d'Orangc-Kasscni, t. V, p. 409 et43G.)

* Pour 157G, Hembyze était second échevin de la Kcurcda Gand. L'année précédente, il figurait le troisième sur la liste.

l'époque où ils étaient de compagnie « nourris en la chambre de feu l'empereur Charles. » Il ajoute qu'il s'était grandement réjoui de voir la déclaration que, d'accord avec les quatre membres de Flandre \ le gouverneur avait publiée pour amener la pacification générale du pays, montrant ainsi la bonne affection qu'il avait au bien de la patrie, te Et comme, en toutes mes actions, poursuivait-il, je me suis toujours proposé ce même but, à savoir que les étrangers et les perturbateurs du repos public s'étant retirés, le pays pût recouvrer son ancienne liberté et sa prospérité, j'estime être tenu d'aimer et de servir ceux qui poursuivent le même dessein ^ . )•

Le langage que Guillaume tient à Hembyze est plus émouvant, plus énergique, plus pathétique. N'ayant en vue que de délivrer la patrie de la tyrannie espagnole, il l'exhorte à user de toute son influence pour que la Flandre se joigne étroitement au Brabant. «Jl faut, dit-il, ou se préparer à servir, sur un échafaud, à toute la postérité, de misérable exemple de désunion mal avisée , ou bien courageusement et unanimement repousser la violence étrangère, qui ne se peut supporter sans infamie éternelle et entière ruine. " Il ajoute qu'il travaillera à la délivrance de la patrie » tant que l'àme lui demeurera au corps '\ » Sublime et prophétique engagement!

Une grande agitation régnait dans la capitale de la Flandre. On appréhendait que la garnison espagnole du château ne fît cause commune avec les <i mutinés » d'Alost et ne leur livrât la ville. Pour se précautionner contre cette éventualité redou-

' Bruges, Gand, Ypres et le Franc de Bruges.

* Le prince d'Orange à Jean de Croy, comte du Rœulx, gouverneur de la Flandre ... septembre 1576. [Archives de la maison d'Orange-Nassau, t.V, pi 416.)

s Le prince d'Orange à Jean de Hembyze, échevin de Gand, 17 septembre 1570. [Archives de la 7naison d'Orange-Nassau, t. V, p. 413.)

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