‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 75 sur 103 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

table, le comte du Rœulx avait appelé un corps d'infanterie wallonne des vieilles garnisons des frontières et levé seize nouvelles compagnies, outre les six que l'on avait tirées de la bourgeoisie. Ces troupes occupèrent Bruges et Gand et s'emparèrent de tous les passages qui conduisaient vers Alost. Le comte du Rœulx et les chefs de la commune gantoise tâchaient en même temps d'endormir la vigilance d'Antoine de Alamos Maldonado, lieutenant du château, en l'absence du colonel Mondragon, alors prisonnier de ses propres soldats à Zierikzee. Mais aussitôt que le comte du Rœulx et le magistrat de Gand eurent réuni de vingt-cinq à quarante « enseignes , i» ils passèrent l'Escaut , firent occuper le faubourg de Saint-Bavon et commencèrent les retranchements ' .

Le 16 septembre, la redoutable citadelle, élevée par Charles- Quint pour tenir en bride la capitale de la Flandre, était investie. Mais quoiqu'il n'eût sous ses ordres qu'une poignée de soldats, le lieutenant de Mondragon annonçait le dessein de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Il fit tourner ses canons contre la ville, et, le 2.0, le feu commença. Comme les assiégeants manquaient de grosse artillerie pour répondre à celle du château, il était à craindre que le siège ne traînât en longueur. D'autre part, les patriotes qui dominaient dans les états de Flandre, dans les conseils de la ville de Gand et dans la bourgeoisie, se défiaient du comte du Rœulx et des régiments wallons (Rœulx et Noy elles) qui avaient toujours servi avec les Espagnols. Aussi étaient-ils d'avis de solliciter l'assistance du prince d'Orange. Ils connaissaient, par les mariniers et d'autres voyageurs qui venaient de la Zélande, les dispositions favorables du Taciturne. Ils n'ignoraient pas non plus les ofTres qu'il avait faites à Jacques de Hennin, S"" de Haussy, qui, avec le consentement du conseil d'État,

' B. DE Mendoça, Commentaires, liv. XV, chop. XF.

s'était rendu à Middelbourg, pour traiter de la délivrance de son frère, le comte Maximilien de Boussu *.

Jacques de Hennin commandait au siège du château de Gand la bande d'ordonnance de son frère 2. Il fut mandé à l'hôtel do ville avec Michel de Backcre, et les états de Flandre les invitèrent à se rendre près du prince d'Orange. Le 21 , ils reçurent leurs instructions qui portaient les signatures du comte du Rœulx lui-même et de trois membres du conseil de guerre. Ils étaient chargés de demander au prince d'Orange des soldats et de l'artillerie, moyennant certaines garanties et sous condition que la religion catholique serait respectée par ses gens. Le prince, ayant entendu les mandataires des états de Flandre, donna immédiatement l'ordre d'embarquer à Flessingue, pour le Sas de Gand, six compagnies d'infanterie. Elles devaient être suivies de vingt-deux autres et de l'artillerie nécessaire. Le S"^ de Haussy se trouvait à Flessingue avec l'avant-garde lorsqu'il reçut des états de Flandre des lettres par lesquelles ceux-ci l'informaient qu'on n'avait plus besoin des troupes du prince d'Orange, que deux compagnies de cavaliers, échappés à la déroute de Yissenaeken, étaient entrées à Gand. Jacques de Hennin retourna aussitôt à Middelbourg et montra au prince d'Orange les dépêches qu'il venait de recevoir. Le Taciturne n'eut pas de peine à deviner que le contre-ordre était dû à certains personnages qui, par cramte de son ascendant, prétextaient le salut de la religion

' Vlaemsche Kronyk of Dac/reghlcr, etc., p. 165 et suiv. — Gendschc gcschiedenissen, t. 1"^ pp. 256 et suiv. — Van Meteren, fol. 121.

■^ Roda disail du frère du comte de Boussu : « M. de Ilaussy est celui qui, le premier, à Bruxelles, a commencé à s'emparer des Liens des Espagnols et de ceux qui suivent le parti du Roi •. il est allé à la maison où demeurait Alessandro de Gonzoga et s'est approprié ses chevaux. » G. de Roda au Roi, citadelle d'Anvers, 14 seplcmbie 1570. [Correspondance de Philippe II, t. IV, p. 375.)

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catholique. Il n'en tint compte et engagea Jacques de Hennin à ne pas se préoccuper non plus de cette intrigue à laquelle le conseil d'État donna d'ailleurs, par son approbation, une importance sérieuse ^

Lorsque, le 26 au matin, Olivier van den Tympel arriva devant la ville avec l'avant-garde, composée de huit enseignes, l'ordre fut donné de tenir les portes fermées. Mais un des chefs des patriotes, Guillaume de la Kethulle, S"" d'Assche, ne sachant point que les états s'étaient ravisés, demanda pourquoi on voulait reléguer au-dehors les amis qu'on avait appelés. Il fit ouvrir les portes, et Olivier van den Tympel entra dans la ville, à la tête de ses com.pagnies dont les drapeaux portaient cette devise : Pro fide et patria. Les soldats du prince d'Orange vinrent se ranger en bataille sur le marché du Vendredi, où ils firent une salve de mousqueterie en signe de bienvenue. Le surlendemain, ils furent rejoints par une nouvelle compagnie. Parmi les <c orangistes )> se trouvaient un assez grand nombre de Gantois, qui avaient été bannis sous la tyrannie espagnole; ils furent bien accueillis par leurs amis. Du reste, le prince d'Orange avait fait recommander "à ses soldats d'observer une exacte discipline, de respecter les catholiques et de ne pas être à charge aux habitants. On reconnaissait là sa haute prévoyance et son habile politique ^.

' Archives de la maison d'Orange- Nassau, t V,p. 421. — Van Meteren, fol. 121. — Mémoire de Laurent Metsius. — Gendsche geschiedenissen.— Relation de Gaspar Schetz, Sgr de Grobbendoncq.

* Memorieboek der slad Cent, 3"^ Deel. — Van Meteren, fol. 121. — Vlaemsche Kronyk of Dagregister, etc., p. 169.— Gendsche geschiedenissen, t. I, p. 264. — Le prince d'Orange écrivait aux états généraux, le 3 octobre : « ... Sur lepoinct où je fus requis de ne permettre aux soldats exercice de leur religion, je l'ai acordé, moyennant que l'on ne cherchât occasion ni prétexte de les maltraiter, sur ce que l'on les pourroit trouver avoir chaule despsaulmes ou faict des prières en leurs maisons et hors de garde ... » Le lendemain, il écrivait au colonel Van den Tympel : » ... Je vous prie Tome IL 10

Les députés des provinces déjà représentées à Bruxelles (Brabant, Flandre et Hainaut) n'eurent garde de repousser la main que leur tendait Guillaume de Nassau. Le 25, ils demandèrent formellement au conseil d'État que l'on se mît en communication avec le prince d'Orange et les états de Hollande et de Zélande. Le conseil suprême donna son assentiment le lendemain, mais en exprimant le vœu que les délégués hollandais et zélandais vinssent se joindre aux autres représentants des Pays-Bas. Pour faciliter l'ouverture des négociations désirées de part et d'autre, la majorité des états généraux fit choix d'un messager qui devait être agréable au prince : c'était un gentilhomme brabançon, autrefois banni par sentence du duc d'Albe, Jean de Mol, S' d'Oetingen. Il était chargé, par une commission du 27 septembre, de faire connaître au prince que, s'il lui plaisait d'envoyer des députés à Bruxelles , ceux-ci seraient les bienvenus. Mais il ne devait point lui dissimuler que cet envoi ne porterait aucun fruit, s'il ne donnait, conformément à l'intention exprimée par les états généraux, l'assurance de ne vouloir rien innover u au fait de la religion ancienne » et de l'obéissance due au roi. Le S"" d'Oetingen s'empressa de s'acquitter de cette mission, et, quelques jours après, il était de retour, rapportant la nouvelle que le prince d'Orange n'avait rien de plus cher que de traiter avec les états généraux, et que, depuis longtemps, il désirait que cette intention bien sincère fût connue *.

aussi de faire entendre à ceulx du magistrat de Gand, que mes gens sont payés de huit jours en huit jours, et que partant ceulx qui les logent ne sont tenus de leur bailler aucune chose, et que je ne les ay envoyés pour donner quelque charge, ains seulement pour les aider et secourir contre leurs ennemis... » [Correspondance de Guillaume le TacUurne, t. III, pp. 119 et 123.)

^ Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. 111, p. 113. — Mémoire de I AURENT Metsius. — Résolutions des états généraux, 1. 1", pp. 5 et 10.

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