‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 76 sur 103 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

Le Taciturne était tenu soigneusement au courant, par ses correspondants, de la situation des esprits à Bruxelles. Christophe Roels lui mandait, le 22 septembre, qu'il lui importait de ménager encore le duc d'Arschot et de ne point exciter sa jalousie. Les états généraux et les jeunes seigneurs qui les soutenaient (Hèze, Egmont, etc.) montraient la meilleure volonté ; mais l'épuration du conseil d'État avait excité des appréhensions qui n'étaient pas encore calmées. On désirait et on redoutait à la fois la venue du prince. Enfin, on était tombé d'accord qu'elle ne se ferait que du su et gré des états. Quant à la pacification, elle était dans les vœux du plus grand nombre, moyennant la promesse préalable faite par les agents du prince qu'il se conformerait à la décision de l'assemblée générale.

Ces recommandations ne furent point perdues. Le 26 septembre, le prince écrivit au duc d'Arschot pour l'engager à provoquer une résolution énergique des états généraux, promettant, sur sa conscience, qu'il ne prétendait à aucune innovation dans l'État ni dans la religion '. Le lendemain, il écrivit d'une manière très-pressante à Jean Hembyze, qu'il appelait son « bien bon ami, i> afin de l'exhorter à employer toute son influence pour établir l'union des provinces. — La désunion, disait-il, serait pernicieuse, non-seulement à la généralité du pays, mais plus particulièrement à la Flandre, à qui les ennemis communs et les perturbateurs du repos public attribuent les changements intervenus '^.

Le Taciturne allait être satisfait. Le 29, les états généraux lui renvoient le S"" de Haussy pour lui expliquer que la demande tendante à retenir ses troupes en Zélande avait été le résultat d'un malentendu. Ils le remerciaient maintenant du secours

' Bulletin de la commission royale d'histoire, 3» série, t. III, p. 57.

^ A rchives de la maison d' Orange-Nassau, 1 '■^ série, supplément, p. 189.

qu'il avait envoyé à Gand elle priaient do nommer, dans le plus bref délai, ses députés, pour traiter de Ih pacification. Le S*' de Haussy devait s'entendre avec le prince et les états de Hollande et de Zélande sur le lieu qu'ils jugeraient le plus convenable pour les négociations, Bruxelles, Gand ou Bruges K

Le 3 octobre, le prince d'Orange fit savoir aux états généraux qu'il était prêt à leur envoyer des députés, tant de sa part que de celle des états de Hollande et de Zélande ; mais il demandait que les conférences eussent lieu à Gand et non à Bruxelles, parce que l'accès de cette ville présentait de grandes difficultés, à cause de la longueur et du danger des chemins. Il réclamait d'ailleurs un sauf-conduit bien ample pour ses mandataires. 11 déclarait ensuite, en ce qui concernait le maintien de la religion catholique hors de la Hollande et de la Zélande, qu'il avait toujours promis de laisser les choses en l'état oii elles étaient, jusqu'à ce que, les Espagnols partis, tous les différends pussent être amiablement vidés en une assemblée libre des étals généraux représentant toutes les provinces. Il protestait, en outre, qu'il ne prétendait en aucune façon soustraire les Pays-Bas à l'obéissance légitime qui était due au Boi, mais qu'il voulait seulement les déli\ rer de la tyrannie inique et insupportable par laquelle les étrangers avaient voulu u leur mettre le pied sur la gorge ^. » Une démarche inattendue et énergique du duc d'Arschot allait hâter la détermination des états généraux. Le 6 octobre, vers dix heures du matin, le duc se rendit dans la chambre des états de Brabant, à l'hôtel de ville, et, après avoir demandé le

' Les étals généraux au prince d'Orange, Bruxelles, 29 septembre, et instructions pour le S^ de Haussy, 30 septembre 1576. {Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. lll, pp. \\b-\M.)

2 Le prince d'Orange aux états de Brabant, de Flandre et de Hainaut, Middeibourg, 3 octobre 1576. (Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. m, pp. 117-120.)

Page 1