LIVRE xii(4o
silence, exposa les raisons pour lesquelles il lui paraissait désirable que la paix avec le prince d'Orange fût conclue sans retard. Il demanda que, toutes autres affaires cessantes, on mît incontinent en délibération par quels moyens la paix pourrait se faire. Quelques ultra-catholiques, alléguant la gravité de cette proposition, exprimèrent l'avis de remettre la délibération à un autre jour. Mais la majorité s'éleva contre cette motion, qui fut également combattue par le duc d'Arschot. Après une assez courte délibération, on décida que les commissaires qui seraient délégués pour les négociations reprendraient celles-ci au point où elles étaient demeurées imparfaites, au congrès tenu à Breda. Les actes de cette assemblée furent lus. Il en résultait que les commissaires du prince d'Orange, d'accord avec les plénipotentiaires de la Hollande et de la Zélande, avaient demandé que les propositions concernant la religion fussent ajournées pour être définies et discutées par une assemblée générale de toutes les provinces des Pays-Bas, et que, cette demande ne leur ayant pas été accordée, le congrès avait été dissous. Le parti qui inclinait à la paix opinait pour que la concession réclamée à Breda fût faite, sinon il serait impossible, prétendalt-il, de traiter. Sur quoi un des prélats (on suppose que ce fut l'évêque de Bois-le-Duc) répondit avec aigreur : «i Mieux vaudrait poursuivre encore la guerre pendant dix ans , attendu qu'il n'appartient point aux membres des états d'empiéter sur les droits du saint-siége apostolique, et ceux qui sont d'une autre opinion doivent à bon droit être réputés hérétiques. » Mais la majorité étouffa par ses murmures la voix de ce fanatique et passa outre à la nomination des commissaires ^ .
' Mémoire âe Laurent Metsius. — Éclaircir tout à fait les relations qui existaient alors entre le duc d'Arschot et le prince d'Orange, serait difficile. On sait toutefois que, vers cette époque, Jean Théron servait d'intermédiaire entre eux. Le duc donnait à son futur rival et dominateur des assurances de bon vouloir. (^rc/uves de lamaison d'Orange-Nassau, t. V,
Guillaume de Nassau avait exprimé le désir que ces commissaires fussent <t des gens non passionnés et cherchant surtout \c seul bien de la commune patrie *. » Il allait être satisfait, car parmi les commissaires élus se trouvaient plusieurs de ses partisans les plus dévoués. Le Brabant avait désigné : Jean Van der Linden, abbé de Sainte-Gertrude, à Louvain; Jean de Mol, S'' d'Oetingen, lieutenant des fiefs en Brabant, et le docteur Elbertus Leoninus, professeur à l'université de Lom^ain, quoiqu'une requête émanant des bourgeois de Bruxelles eût protesté contre le choix de cet ancien agent de Requesens. Les mandataires de la Flandre étaient : Ghislain Timmermans, abbé de Saint-Pierre, à Gand; François de Halewyn, S"" de Sweveghem, gouverneur et capitaine d'Audenarde, et le conseiller Pierre de Bevere. Le Hainaut avait délégué : Mathieu, abbé de Saint- Ghislain, élu évéque d'Arras; Charles de Gavre, S"" de Fresin, et Quintin du Prêt, chef des échevins de la ville de Mons. Jean de Pennants, conseiller et maître des comptes en Brabant, fut adjoint, en qualité de secrétaire, à la députation ^.
Les instructions de ces plénipotentiaires furent arrêtées par les états généraux, le 11 octobre, et approuvées, le 13, par le conseil d'État. Ils étaient particulièrement chargés de reprendre les négociations entamées naguère à Breda, et d'insister pour obtenir l'accomplissement des demandes qui avaient été alors formulées
p. iGi.) Mais l'ambassadeur espagnol, à Paris (don Diego de Cuniga), allait bien loin lorsqu'il écrivait à Philippe II, le IG septembre : « Le prince d'Orange a fait dire au roi (Henri III) et à la reine-mère, que les états des Pays-Bas se confédèrent avec lui, par l'entremise du duc d'Arscliol; qu'il a la promesse dudit d'Arschot, munie de sa signature, de l'aider jusqu'à la mort... " [Correspondance de Philippe 11, t. IV. p. 377.)
' A. Van Dorp à ...., Middeibourg, IG septembre 1570. Archives de la maison <ï Orange -Nassau, t. V, p. 41 1.
' Résolutions des états généraux, t. ter, pp. G et 10.