‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 79 sur 103 · LIVRE XII (1576). dSÔ · texte numérisé non relu

LIVRE XII (1576). dSÔ

peu de propension pour une étroite alliance avec la France. La plupart des membres repoussaient même avec indignation le projet d'appeler le duc d'Anjou comme protecteur.

De son côté, Guillaume de Nassau, quoiqu'il se fût empressé de saisir l'occasion de traiter avec l'assemblée de Bruxelles, ne pouvait aussi se défendre d'une grande défiance. Il était averti que tous les membres des états généraux ne marchaient point de bon pied en cette affaire, qu'il y avait des hypocrites qui ne cherchaient qu'à gagner du temps pour attendre la réponse qui devait être remise à un courrier parti pour l'Espagne. Or le Taciturne mandait à ses commissaires qu'on devait traiter avec eux à la flamande et non à l'italienne et à l'espagnole. D'autre part, il conjurait l'abbé de Sainte-Gertrude d'user de toute son influence afin que la conclusion des négociations fut poussée si loin que rien ne pût l'entraver désormais. — Gardons-nous, disait-il, de favoriser par tant de longueurs les projets de l'ennemi. Déjà il s'approche d'Anvers, et Dieu veuille que nous n'en ayons de mauvaises nouvelles ; mais je le crains fort! Et si vous ne prenez garde à vous, — ajoutait-il, en s'adressant aux représentants de l'assemblée de Bruxelles, — il est à redouter que vous n'ayez bientôt aussi l'Espagnol aux portes de Gand '.

Anvers surtout était alors la préoccupation dominante du

delà guerre, qui est subjette à beaucoup de révolutions, de les placer en garnisons, je ne vois pas que, leurdonnant leur garnison dedans les grandes villes du milieu du pays, comme Louvain, Malines, Tirlemont, Enghien, Nivelles et semblables, les réparlissant commodément, il nous en peut arriver aucun inconvénient, ni qu'à bon droit quelqu'un en peut entrer en jalousie; comme aussi celte nation qui demande surtout d'estre caressée et honorée, n'auroit aucune occasion de mécontentement.... » [Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. V, p. 44-5.)

' Le prince d'Orange à ses députés, à Gand, et au prélat de Sainle-Gertrude, 28 octobre '1376. [Archives de la maison d'Oranqe-Nassau, t. V, pp. 4&5et467.)

Taciturne, et il avait décidé que quatorze ou quinze compagnies de Hollande iraient au secours de la grande métropole *. Mais déjà il était trop tard.

Sancho d'Avila occupait la citadelle d'Anvers, alors réputée sans égale dans le monde et reconnue comme le vrai boulevard de la domination espagnole dans les Pays-Bas ^. Par les galères qu'il commandait sur l'Escaut, le châtelain d'Anvers communiquait librement avec la rive gauche oti, d'après les suggestions de Roda, le mestre de camp Valdès avait élevé le fort de la Tête de Flandre. <i De ce lieu, écrivait Roda au Roi, le 28 septembre, on tient la ville d'Anvers sujette plus que du château, x La ville contenait au moins cent cinquante mille habitants, tandis que la garnison de la forteresse ne dépassait pas d'abord deux cents hommes '". Il est vrai que, par la Tête de Flandre, Sancho d'Avila et Roda pouvaient correspondre avec les mutinés d'Alost et les autres détachements de l'armée espagnole.

Une vague inquiétude régnait dans la grande cité qui était comme l'entrepôt du monde*. Les habitants, redoutant les Espagnols qui occupaient la citadelle, avaient peu de confiance dans les compagnies allemandes qui formaient la garnison de la ville, et cherchaient à deviner les intentions de l'escadre hollandaise qui, sous le commandement de l'amiral Treslong, croisait silencieusement non loin de la ville neuve, au tournant de l'Escaut. ^ Le commerce était languissant. Ne se croyant plus

' Le prince d'Orange à ses députés, à Gaud, Middelbourg, 31 octobre 1576. [Correspondance de Guillaume le Taciturne, 1. 111, p. 139.)

* BrAiNtôme, Sancho d'Avila, dans les Capitaines estrangers, t. II. '- Mémoires de Champagney, p. 4 20.

* Voir une description d'Anvers, dans la l'» partie de notre Histoire de la révolution des Pays-Bas, t. ]", p. 203-221 .

* Guillaume de Bloys et Treslong avait été fait amiral de Hollande et de Zélande, après la mort de Louis de Boisot.

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