LIVRE XII
en sûreté dans Anvers, les marchands de toutes nations, principalement les Italiens, émigraient en foule vers Liège ou Malines.
Un des chefs castillans, le mestre de camp Julian Romero avait voulu persuader à Champagney de sortir aussi d'Anvers sous prétexte que les Espagnols s'armaient contre lui. Champagney répondit que le roi lui avait confié le gouvernement de la ville et qu'il resterait à son poste. ^ Il s'efforça donc de s'y maintenir, malgré les chefs espagnols qui méconnaissaient sans cesse son autorité et qui s'efforçaient de miner aussi celle du comte Othon d'Eberstein, commandant des Allemands. Quant aux ordres du conseil d'État, ils ne s'en souciaient, disant que le conseil n "était pas libre.
Le 23 septembre, Champagney avertissait le conseil d'État que les Espagnols, ne se dissimulant point que les armements ordonnés à Bruxelles étaient dirigés contre eux, prendraient sans doute l'initiative de l'attaque. Maîtres de Hoogstraeten et de Lierre, il se concentraient autour d'Anvers et s'efforçaient d'attirer à eux les colonels allemands. La citadelle était bien fournie d'artillerie et de munitions, tandis que Champagney ne disposait que de quelques canons pour défendre la rivière. Telle était déjà la méfiance du peuple que, ayant soupçonné les théatins (c'est-à-dire les jésuites) d'être de connivence avec la citadelle, la maison (ÏAix, oii se trouvait leur monastère, fut cernée par une foule menaçante, et il fallut, pour contenir ces gens exaspérés, l'énergique intervention de Champagney et du comte d'Eberstein. A la suite de cette émeute, les (c guides i> s'assemblèrent dorénavant la nuit dans leurs chambres et dans la maison de ville ^.
' Mémoires de Champagney, p. 401 et 107, — Roda au Roi, citadelle d'Anvers, 28 septembre 1570. [Recueils cCArélophile.) ' Fréddéric Perrenot, S"" de Champagney, au conseil d'État, d'Anvers,
Lfi comte d'Eberstein, quelquefois suspect aussi à la bourgeoisie, était un homme faible et de médiocre intelligence, mais non déloyal '. Les colonels Fugger et Polweiler, ainsi que le lieutenant-colonel Cornélius Van Enden subissaient, au contraire, l'influence de Roda. Le comte d'Eberstein eut alors l'idée malheureuse de renforcer la garnison de la ville, en y appelant quatre compagnies de Cornélius Van Enden -. Elles entrèrent à Anvers, le 29 septembre, malgré les représentations de Champagney, qui regardait Cornélius Van Enden comme faisant partie de la conjuration du château. La crainte qu'il exprimait était fondée à tous égards. A peine les nouvelles compagnies furentelles entrées dans la ville que, par leur indocilité, elles corrompirent les troupes, jusqu'alors fidèles, du comte d'Eberstein. Celles-ci, excitées aussi par des émissaires du château, voulurent
23,24, 25 et 28 septembre I57G. Lettres inédites publiées par Van Vloten. {liydragen lot de oudheidkumie, etc., t. V.)
' Roda écrivait au Roi, du château d'Anvers, le 22 octobre : « Que Votre Majesté tienne pour chose sûre que ce comte d'Eberstein est un traître avéré .. Ici, il n'est pas douteux qu'il n'agisse contre Votre Majesté et son service. Cela est notoire, car il laisse entrer par toutes les porles les gens de la flotte ennemie ; il permet aux bourgeois de communiquer avec celle-ci, et de faire transporter par elle leurs marchandises et leurs meubles en Zélande et en Hollande; il souffre que les navires du prince d'Orange arrivent jusqu'à tout près des remparts et ne fait pas tirer sur eux ; il montre une inimitié ouverte contre notre nation, en refusant à touî nos soldats l'entrée de la ville... Il a laissé s'armer tout le peuple, et lui a permis de monter la garde et de faire les rondes avec ses soldats ; enfin, «1 a commis et commet tant d'actes d'hostilité déclarée, qu'il nous a forcés , ces jours derniers, d'envoyer huit ou dix volées de canon à la ville, parce que, une heure avant le jour, ils avaient fait de nombreuses décharges d'arquebuses et qu'ils ne tiraient pas sur la flotte ennemie. » [Correspondance de Philippe H, t. IV, p. 443.)
2 Cornélius Van Enden était, dit Van METEnEN(fol.12l), « un Allemaud contrefait, natif de Bruxelles. «