‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 8 sur 103 · LIVRE IX (Io74). io · texte numérisé non relu

LIVRE IX (Io74). io

Les regrets du Taciturne devaient être vifs, car, dans ses calculs, il ne doutait point que la conjuration d'Anvers n'eût des conséquences désastreuses pour la domination espagnole. Il avait des intelligences dans la plupart des villes du Brabant et de la Flandre, et celles-ci se seraient sans doute soulevées aussitôt qu'Anvers aurait été au pouvoir des orangistes. En outre, on disait que les reitres et les huguenots rassemblés sur la frontière de France auraient, au même moment, fait invasion dans le pays. Des navires de la Rochelle , portant deux à trois mille soldats protestants, se dirigeaient déjà vers les dunes de Flandre ^ .

Guillaume le Taciturne se plaignait de la mollesse de la bourgeoisie d'Anvers ; mais il ignorait sans doute l'incident imprévu qui avait fait avorter cette grande conspiration.

Le 13 décembre, tandis que les compagnies du comte d'Altaemps étaient sous les armes, un soldat demanda à son capitaine la permission d'aller dîner. Quand il fut arrivé à la maison de son hôte, riche bourgeois de la ville, il trouva, dans la chambre où il était monté, une vingtaine de Français qui lui mirent la main sur le collet et menacèrent de le tuer s'il soufflait mot. Par l'intervention de l'hôte, il fut épargné, mais il dut prendre l'engagement de s'enrôler avec les partisans du prince d'Orange. "N^ers le soir, ayant obtenu l'autorisation de sortir, il alla rendre compte à son colonel de ce qui lui était survenu. Le comte d'Altaemps prit sa garde ordinaire, se rendit à la maison indiquée et en fit briser la porte ; mais il n'y trouva plus personne : il y vit seulement quantité d'arquebuses, de corselets, de rondaches, de fortes hallebardes pour armer plus de deux cents bourgeois, ainsi que des mèches et de la poudre. D'autres maisons furent également

25 décembre 1374. [Archives delà maison d'Oraiige-Nassau, t. V, p. 110.) * Le grand commandeur au Roi, 15 décembre 1574 et 9 janvier 1575. [Correspondance de Philippe II, t. III, pp. 217 et 238.)

fouillées : on y trouva également des armes, et on arrêta une vingtaine de soldats qui s'y tenaient cachés *.

Mais quoique les portes de la ville eussent été fermées, la plupart de ceux qui étaient venus à Anvers pour participer au complot parvinrent à s'échapper. Selon les expressions du lieutenant de Philippe II, aucune ville n'avait tant de cachettes dans ses cantines, dans ses magasins, dans les navires que renfermaient ses canaux, et même sous les ponts ; tant de sorties par terre et par eau.

Requesens, averti de ce qui se passait à Anvers, s'était empressé d'accourir pour stimuler le zèle des agents chargés de rechercher les conspirateurs et des juges qui devaient les punir. Les portes d'Anvers restèrent fermées pendant trois ou quatre jours, «t Pendant ce temps, écrivit Requesens à Philippe II, on visita les treize mille maisons de la ville. Pour que cette visite eût lieu en un même moment, le gouverneur et le magistrat en chargèrent deux cent soixante bourgeois, en qui ils pouvaient avoir confiance ; chaque bourgeois était accompagné de deux soldats espagnols et de deux soldats allemands. On avait préalablement défendu par publication, que ce jour-là nul bourgeois sortît de chez lui, sous peine de la vie ; on avait ordonné aussi aux bourgeois de signaler les personnes suspectes et promis une récompense aux dénonciateurs. Malgré tout cela, on n'en découvrit pas d'autres que ceux qui avaient été arrêtés dans le principe. » Des ordres avaient été d'ailleurs expédiés pour saisir les fugitifs qui s'étaient répandus dans les diverses provinces.

Bien que Requesens se plaignît de la tiédeur des juges nationaux, les exécutions furent assez nombreuses. Elles commencèrent la veille de Noël. Ce jour-là le lieutenant de Philippe II fit

' Annibal d'AItaemps au Roi, d'Anvers, 4 janvier 1575. [Correspondance de Philippe U.i.m,^. 233.)

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