‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 81 sur 103 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

savoir pourquoi elles servaient et comment elles seraient payées. Elles finirent, le 27 octobre, par se mutiner ouvertement et menacèrent de prendre comme otages leur colonel et Champagney lui-même. Mais ces deux chefs réussirent à se soustraire à la captivité dont ils étaient menacés. Champagney, d'accord avec certains membres du magistrat, s'empressa de recueillir quelque argent et le distribua aux Allemands d'Eberstein. Tout ce tumulte paraissait apaisé lorsque le chef lui-même se laissa circonvenir par les autres colonels allemands et surtout par Charles Fugger, que Champagney désignait comme le «i Mercure » de Roda. Ils représentèrent à cet honnête mais faible commandant que les troupes des états arriveraient bientôt pour expulser toutes les bandes étrangères, tandis que les Espagnols s'avanceraient de leur côté pour reprendre Anvers. S'il ne voulait pas se trouver entre les uns et les autres, il y avait donc nécessité de se concerter avec le château.

Dans la soirée du 29 octobre, le comte d'Eberstein apposa sa signature sur un écrit en langue espagnole que lui présentaient les colonels Fugger et Polweiler. C'était un pacte d'alliance offensive et défensive avec Sancho d'Avila et les seigneurs du conseil d'État et de guerre qui résidaient en la citadelle d'Anvers.

Afin d'assurer l'autorité royale en même temps que la sécurité et le repos de la ville, les contractants ^ se juraient union et

' Le traité portait les signal lires de : Nicolas, Laron de Polweiier, — Carlos Fugger, — Otto G. zu Eberslein, — Cornélius Van Enden, — Ger™" de Foda, — I. Isunça, — Alessandro Gonsaga, — Sancho d'Avila, — F'rancisco Verdugo,

« Nicolas, baron de Polweiler, était un homme de qualité, natif d'Alsace, où il avait de belles terres, gouverneur de Haguenau et colonel entretenu du service d'Espagne, à la manière de ce temps-là. 11 était hardi, entreprenant et intrigant autant qu'homme de son siècle. » [Mémoire Mss, de l'abbé de Saint-Vincent.) (Bibliothèque de Bourgogne.)

amitié réciproque. Eberstein et Van Enden s'engageaient ensuite à désarmer les bourgeois , que Champagney avait adjoints aux Allemands pour la garde d'Anvers, et à faire déposer à la citadelle les armes des <t guides. » Ils devaient, en outre, s'opposer à l'admission dans la ville d'autres troupes que celles qui s'y trouvaient déjà, si ce n'était avec le consentement des seigneurs du conseil résidant dans le château. Cornélius Van Enden aurait la garde de la ville neuve, et le comte d'Eberstein exercerait son commandement sur l'autre partie d'Anvers. Enfin, ils reconnaissaient Sancho d'A^ila pour leur général et lui promettaient obéissance * .

Les états généraux continuaient leurs armements et leurs négociations. Ils avaient ordonné aux compagnies wallonnes du colonel Mondragon de quitter Zierikzee et de venir dans le Brabant. Ils avaient même proposé au conseil d'État de révoquer Mondragon, de le déclarer ennemi du Roi et du pays, de même

' Mémoires de Cbampagney, pp. Wï) et suiv. — Les états généraux s'étaient efforcé;^ de déjouer les desseins de Sanclio d'Avila et de ses acolytes. On lit dans les Résolulions (t. Ip^ p 58) : « 20 octobre 1576. M. de ITovré fait rapport aux députés des états, que les colonels d'Allemands ont résolu d'obéir à MM. du conseil d'État et à servir les états contre tous, excepté contre les Espagnols, et que le comte d'Eberstein, outre ce, est résolu d'aussi combattre contre les Espagnols. « A la suite de cçtte communication, les étals généraux décident d'envoyer au comte d'Eberstein l'obligation de 10,400 écusquilui a été promise par le duc d'Arschot, plus, une chaîne d'or de cent écus à son maître d'hôtel. — Mais la convention du 29 octobre vint annuler l'engagement contracté précédemment par Eberstein. — Le S"" de Gobbendoncq s'exprime en ces termes dans sa Relation : 0 Depuis a envoyé le comte d'Everstain (Eberstein) son maistre d'hôtel, pour déclarer que, pour un mieux, il avoit fait un accord avec ceux du cbasteau d'Anvers que, de sa part, la ville d'Anvers seroit tenue pour Sa Majesté, sans y admettre ny Espaignols ny gens des estats, pour ainsi préserver ladicte ville de tous inconvénieus; mais n'a esté trouvé bon. »

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