LIVRE XII
que Sancho d'Avila et Charles Fugger, et de donner à Jacques de Glymes le commandement de son régiment. En même temps ils réitéraient leur déclaration de ne plus vouloir traiter avec les troupes espagnoles, si ce n'était pour déterminer leur sortie du pays. Quant aux Allemands, comme il paraissait impossible de s'assurer de tous les colonels, les états voulaient au moins que l'on gagnât le comte d'Eberstein, en lui promettant un pot-de-vin de cinquante mille florins. L'intention de l'assemblée de Bruxelles était d'ailleurs de licencier les compagnies suspectes, au fur et à mesure qu'elles recevraient les arrérages qui leur étaient dus ' .
Déjà l'autorité du colonel de Polweiler avait été méconnue à Termonde. Trois compagnies de son régiment occupaient cette place importante. Pour empêcher que ces Allemands ne se joignissent aux Espagnols, François de la Kethulle, S'' de Ryhove, au nom des états de Flandre, se mit en rapport avec eux et les gagna au moyen d'une somme convenue. Les soldats arrêtèrent leur colonel et laissèrent rompre le pont sur l'Escaut, refusant ainsi le passage à la cavalerie de Fernando de Tolède, qui se proposait d'aller au secours du château de Gand. Polweiler, relâché par ses soldats, informa le conseil d'État que les <i écharpes n du prince d'Orange se voyaient de plusieurs côtés. Il s'enquérait en conséquence si le conseil tenait encore le prince pour ennemi du Roi ^
Malines, qui couvrait le Brabant, avait pour les états généraux une importance encore plus grande que Termonde. Aussi Roda s'était-il efforcé de les y supplanter. Dès le 12 septembre, il avait
^ Résolutions et actes des états généraux (octobre -1576). Mss.
* Van Meteren, fol. 120 v». —Roda au Roi, cliâteau d'Anvers, 28 septembre'1570. — Le baron de Polweiler au conseil d'État, do Termonde, ier octobre 157G.
dfiO SOULÈVEMENT DES PAYS-DAS.
exhorté le grand conseil à se défier des états de Brabant et l'avait engagé à accepter, pour garnison, des soldats allemands, au lieu des deux compagnies wallonnes qui gardaient la ville. Informé de cette communication, le conseil d'État défendit aux autorités de Malines de correspondre encore avec les chefs rebelles d'Anvers. Le grand conseil, le magistrat, les doyens des métiers, les bourgeois, tous auraient bien voulu garder la neutralité, car ils se souvenaient de l'horrible sac de 1372. Craignant à la fois d'irriter Julian Romero, qui se trouvait à Lierre avec des forces assez considérables, et de mécontenter les états généraux, qui rassemblaient leur armée, le grand conseil, les gens d'église, le magistrat, les bourgeois, tous demandaient que leur situation ne fût pas changée. Ils s'engagèrent d'ailleurs à ne laisser entrer dans MaUnes aucun soldat espagnol ou autre, tenant le parti de Hieronimo de Roda. Mais cet engagement ne satisfit point le conseil d'État. Obéissant aux réquisitions de états généraux, il exigea que Malines se déclarât pour eux et reçût les troupes qui allaient se mettre en marche. Une députation fut envoyée près du conseil d'État; ses sollicitations échouèrent. Le conseil et les états généraux déclarèrent que, de gré ou de force, leurs troupes entreraient dans Malines pour prévenir l'occupation de la ville par les Espagnols. Le magistrat et les bourgeois cédèrent enfin et envoyèrent de nouveaux députés à Bruxelles, avec la mission d'adhérer à l'union des provinces. Le 15 octobre, Malines faisait définitivement partie de la confédération, et, quelques jours après, le S"^ de Câpres était nommé gouverneur de la ville ' .
Les troupes fédérales, commandées en chef par le marquis
' Correspondance du grand conseil de Malines, etc., avec II. de Roda et avec le conseil d'État (septembre-octobre 1570), dans le Rapport sur les archives de Lille, par Cachaud, p. 229-235.