‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 85 sur 103 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

d'Anvers la décision du conseil d'État, les colonels Polweiler, Frunsberg et Fugger, venus de la citadelle dans la ville, s'efforçaient de soulever le régiment d'Eberstein. Polweiler apprit aux soldats l'accord qui avait été fait par leur colonel avec le château et somma Eberstein de tenir sa parole. Mais Eberstein, soit qu'il regrettât sa défection, soit qu'il eut été effectivement gagné par les états généraux, défendit à Polweiler de parler à ses gens pour les débaucher. Les soldats d'Eberstein prirent le parti de leur colonel, baissèrent les piques contre les auxiliaires de Roda et les obligèrent de regagner la citadelle * .

Le conseil d'État ayant fait parvenir à Champagney l'ordre d'ouvrir les portes d'Anvers aux troupes fédérales, le gouverneur obéit. Elles entrèrent donc dans la ville le 3 novembre, avant midi.

On disposait alors, pour la défense d'Anvers, de plus de huit mille hommes de pied (Wallons et Allemands) et de mille cavaliers. Ceux-ci se logèrent près du marché aux chevaux, tandis que l'infanterie wallonne s'acheminait vers l'abbaye de Saint- Michel. Pleins d'effroi, des marchands espagnols et italiens cherchèrent un refuge à la citadelle. Ayant appris par ces fugitifs l'entrée des troupes fédérales, Sancho d'Avila, sans avertissement préalable, commença aussitôt à canonner la ville. Un détachement, commandé par le capitaine Gaspard Ortis, sortit aussi de la citadelle pour faire une reconnaissance ; mais il fut repoussé par la compagnie des vétérans français qui formait l'élite du régiment de Philippe d'Egmont. Le marquis d'Havre, d'accord avec Champagney , avait ordonné à ses Wallons de creuser un retranchement sur l'esplanade de la citadelle et de barricader les rues aboutissantes. En moins d'une heure, dix à

' Roda au Roi, château d'Anvers, 6 novembre 1576. — Mémoires de Champagney, p. 126. — Van Meteren, fol. 123.

onze mille ouvriers étaient venus les seconder. Mais, par la nonchalance des capitaines, plus soucieux de trouver de bons logements que de surveiller leurs soldats, ces travaux n'avançaient guère. Redoutant les suites de cette négligence, Champagney résolut de faire appel aux bourgeois pour la défense commune. Pendant la nuit, et avec leur aide, il plaça au jardin des Escrimeurs une batterie d'où l'on commença le matin à répondre à l'artillerie du château '.

Le temps pressait. Le 4 novembre, à trois heures du matin, les mutinés d'Alost étaient sortis de cette ville, au nombre de deux mille, sous la conduite de leur eleclo, Jean de Navarèse, de Baeca. Celui-ci était à leur tête, portant un étendard sur lequel étaient représentés, d'un côté, le Sauveur crucifié, et, de l'autre, la Vierge Marie. Alléchés par l'espoir de piller la plus opulente ville de l'Europe, ces vétérans de la guerre des Pays-Bas marchaient allègrement. Comme présage de victoire, chacun avait pendu un rameau de chêne sur son morion ou sa bourguignotte. Tous aussi avaient juré de ne boire ni ne manger avant qu'ils fussent entrés dans la citadelle d'Anvers ^. Au point du jour, ils arrivèrent sur les bords de l'Escaut, au-dessus de l'abbaye de Saint-Bernard. Là ils passèrent le fleuve sur les galères et les pontons que Sancho d'Avila leur avait envoyés.

Or, tandis que les mutinés franchissaient l'Escaut à Saint- Bernard, Alonzo de Vargas, avec sa cavalerie et les compagnies allemandes de Maestricht, et Julian Romero, avec ses arquebusiers, arrivaient sur la route de Malines, au point où elle rencontrait celle de Lierre, à une petite lieue d'Anvers.

Vers onze heures, ils entrèrent tous ensemble dans la citadelle

' Mémoires de Cbampagney, pp. -133 et suiv. — Van Meteren, fol. 123, 2 B. DE Wendoça, Commentaires, liv. XV, chap. XVII. — Brantô.me, Sancho d'Avila.

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