‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 87 sur 103 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

allemandes de Cornélius Van Enden, qui gardaient la rue Saint- Georges, avaient baissé leurs armes devant Alonzo de Vargas. S'avançant avec une sorte de furie, les Espagnols s'emparèrent enfin de la rue de Saint-Michel et de l'abbaye, oii ils firent prisonniers le comte d'Egmont, le S'' de Câpres, le S'' de Goignies et d'autres gentilshommes wallons.

Les troupes fédérales essayèrent alors de se rallier au delà de la Bourse, sur la place de Meir ; mais elles furent de nouveau dispersées par les vétérans espagnols, qui, avec la cavalerie d'Alonzo de Vargas, se dirigèrent ensuite vers la Grand'Place et l'hôtel de ville. Les arquebusiers des «i guides », mêlés à des soldats allemands des compagnies fidèles d'Eberstein, occupaient l'hôtel communal ainsi que les maisons voisines, d'oîi ils ajustaient les Espagnols aussitôt que ceux-ci se montraient. Déjà même la cavalerie de Vargas avait été mise en fuite. Pour faire cesser cette résistance, les Espagnols n'hésitent point à mettre le feu au palais communal et dans les maisons avoisinantes, toutes remplies d'épiceries et d'autres marchandises. L'incendie se propage avec une effrayante rapidité. Le magnifique hôtel de ville, les maisons de la Grand'Place et des rues voisines, tout ce splendide quartier, une des merveilles de cette époque, est bientôt la proie des flammes. Pour échapper à la mort, les arquebusiers des » guides " se jettent des fenêtres de l'hôtel de ville ; ailleurs on voit des bourgeois périr dans leurs maisons en feu; on en 7oit d'autres que les soldats égorgent froidement. Le soir était venu, et les flammes du palais communal projetaient une lueur sinistre sur les innombrables fuyards, bourgeois et soldats, qui se précipitaient pêle-mêle, et dans un effroyable désordre, vers la ville neuve, afin de se sauver par l'Escaut.

Champagney faisait des efforts magnanimes pour rallier les Wallons près de la maison Hanséatique. Mais déjà pénétrait dans la ville neuve la cavalerie espagnole. Tout le monde voulut se

sauver. On voyait des cavaliers wallons armés de toutes pièces se jeter du liaut en bas des murailles dans les fossés. Le comte d'Eberstein, en voulant sauter d'un pont sur un bateau, fut entraîné de côté par le poids de son armure et se noya. Le S"" de Bièvre eut le même sort. Plus heureux, le marquis d'Havre et Champagney, avec d'autres gentilshommes, parvinrent à gagner les vaisseaux du prince d'Orange qui, pendant la lutte, s'étaient rapprochés de la ville. Treslong avait l'intention de se joindre aux fédérés, si ceux-ci avaient eu le dessus; mais n'ayant point de gens de guerre, il ne pouvait se mêler activement au combat. Il s'empressa de recueillir les fugitifs et les transporta en Zélande ' .

Lorsque le colonel Yerdugo conduisit à la citadelle ses prisonniers, c'est-à-dire le comte dEgmont, le S"" de Câpres et le S"" de Goignies, ceux-ci trouvèrent Roda assis « en une chaire » sous la galerie. Un contemporain rapporte que Câpres lui ayant fait une profonde révérence, Roda lui donna du pied sur la poitrine, disant qu'il n'avait que faire de ses salutations et qu'il n'était qu'un traître. Il fut plus courtois à l'égard du comte d'Egmont. Quoique celui-ci ne l'eût pas même salué, Roda lui dit, mais sans se lever : «■ Monsieur, je suis marri de votre malheur. )•

Anvers, dans cette horrible nuit du 4 au 5 novembre, fut livré sans défense à une soldatesque irritée, avide, excitée par la luxure et l'avarice. On n'entendait plus, dans toutes les maisons, que d'affreux hurlements. Tous les soldats wallons qu'ils trouvaient cachés, les Espagnols les massacraient. Quant aux bourgeois, ils leur promettaient la vie s'ils payaient une grosse rançon ;

' Mémoires de Champagney, pp. 144 et suiv. — Renon de France, Mss, 3e partie, chapXII.— B. de ^iIeî^doçx, Commentaires, liv. XV, chap. XVII.— J.-B.DE Tassis, Commentaires, liv. III. — Relation duS^ de Grobitendoncq. - Le cadavre du comte d'Ebersteiu fut retrouvé, le 10, entre deuux pouls de la cité et transporté dans le chœur de l'église de Notre-Dame. {Annales anlverpienses, t. III, p. 338.)

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