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mais lorsqu'ils trouMiient de la résistance ou qu'ils n'étaient point satisfaits, ils infligeaient des tortures inouïes à leurs victimes, hommes ou femmes, les pendant, les fouettant, les brûlant. Us . n'épargnaient même pas les enfants '.
Roda descendit dans la ville, le 5, et voulut faire cesser ces atrocités; mais il ne fut pas écouté. Le lendemain, les chefs de l'armée, Sancho d'Amila, don Alonzo deVargas et Julian Romero, virent aussi leurs ordres méconnus ^.
Le sac continua. Les plus belles rues de la ville n'offrirent bientôt plus que des monceaux de décombres, et les cadavres s'amoncelaient partout. Des incidents horribles signalaient le saccagement. Quelques soldats, étant entrés dans une maison otil'on célébrait des noces, enlcN èrent la mariée, la conduisirent à la citadelle, la dépouillèrent de ses vêtements et de ses bijoux, et, après l'avoir fustigée, la ramenèrent nue hors de la poi'te et la poignardèrent. En vain les magistrats communaux tentèrent-ils d'arrêter le carnage : la plupart furent égorgés de sang-froid, car les Espagnols ne respectaient même pas ceux qui tenaient leur parti. Le bourgmestre Jean Van der Meeren, quoique bon royaliste, eut le sort de l'écoutête Goswin Yan Warick, des échevins Jean Van de Werve et Gérard Despommeraulx, et d'autres patriciens ou anciens magistrats consulaires, tous massacrés par les soldats de Philippe II ^. Parfois les bourgeois, surpris dans leurs maisons, essayaient de résister aux bandits qui ^enaient les dépouiller. Ils les tuaient et jetaient ensuite leurs cadavres dans
' BornoDS-DOus à citer de Thou, dont le témoignage ne peut être suspect : « ... Les femmes suspendues en l'air, toutes nues, ayant aux pieds des pierres d'un poids immense, les hommes attachés et étendus contre le plancher, éprouvèrent tout ce que la brutalité peut imaginer de plus honteux et de plus cruel, etc. » Histoire universelle, liv. LXIL
2 Roda au Roi, citadelle d'Anvers, 6 novembre 1576.
' \o\r Annales antverpienses, t. III, p. 328.
les rues. Ce n'était point, selon la remarque d'un ancien annaliste, le courage et la hardiesse qui avaient manqué aux bourgeois ; mais, faute d'une direction intelligente et énergique, ils avaient été en quelque sorte livrés aux mercenaires qui convoitaient leurs richesses.
Moins de quatre mille vétérans, après a^ oir mis en déroute les troupes des états, purent ainsi se rendre maîtres d'une ville qui tenait alors le troisième rang en Europe. Ils avaient pu réduire à l'impuissance les milliers d'habitants qui avaient pris les armes. Et leurs pertes furent insignifiantes : à peine si le nombre des tués s'éleva à cent quarante * .
Spectacle horrible! Les cadavres des soldats fédérés et des bourgeois rem})lissaient les rues. L'ordre ayant été donné aux paroisses de les enlever et de les enterrer, on en compta deux mille cinq cents. On les jeta dans deux grands fossés qui furent creusés dans le cimetière de Notre-Dame. Mais on ne retrouva point les dépouilles de ceux qui avaient été la proie des flammes ou qui avaient trouvé la mort dans l'Escaut. On estimait au double le chiffre de ceux-ci, et on n'exagérait point. Plus de six mille personnes, pour rester encore au-dessous de la vérité, avaient été ou massacrées, ou noyées, ou brûlées. ^.
' Van Metere.n dit trois cents tués et deux cent cinquante blessés, et Van Meerbeek prétend que le nombre des Espagnols tués ne s'éleva qu'à cent quarante. — Le cardinal Bentivoglio soutient que les troupes victorieuses ne perdirent pas deux cents hommes. D'après B. de Me>doça, les Espagnols n'auraient même eu que quatorze soldats tués et les blessés n'auraient guère dépassé une vingtaine. Balthasar Lopez, ancien secrétaire de Requesens , écrivit au secrétaire d'État Çayas (citadelle d'Anvers, 7 novembre 1570), que les Espagnols avaient eu cinquante tués et cent blessés. — En résumé, d'après les estimations les plus élevées, la perle des Espagnols ne dépassa point deux cents tués.
* B. DE We.ndoça (liv. XV, chap. XVII) mentionne deux mille cinq cents