‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 89 sur 103 · LIVRE XII (1576). i7i · texte numérisé non relu

LIVRE XII (1576). i7i

Après s'être d'abord livrés à tous les emportements de leur haine, les Espagnols, fatigués de tuer, organisèrent, le quatrième jour, un pillage général. En efifet, ils n'exceptèrent de leurs extorsions ni les marchands étrangers, pas plus les banquiers espagnols et italiens que les allemands et les anglais, ni le clergé séculier et régulier. La maison Hanséatique et la maison des Anglais durent acquitter des rançons considérables. Les curés et autres gens d'église furent également contraints de racheter leur vie et leurs biens par une bonne somme de deniers qu'ils allèrent emprunter dans les villes voisines. Les religieux et les religieuses de tout ordre, à l'exception pourtant des jésuites et des récol-

cadavrcsdans les rues, outre, dit- il, les biûlés et les noyés, dont on estimait le chiffre au double. — Dans sa lettre au Roi, du 6 novembre, Roda s'exprimait en termes assez clairs : • Enfin, Dieu fut servi que, a>ec gtamie morlalilé de gens, la ville se gaigna, ayant (les fédérés) plus de huit mille hommes de pied, Allemands et Wallons, et mille chevaux. On coupa la gorge à toute la cavalerie. » De son côté, J.-B. de 'J'assis [Commentaires, liv, III) dit : « Periere ex Antver^jiensibus innumcii, mulli ferro, niulti flammis.-. » Citons aussi Rekon de France (Mss, 3'' partie, chap. XII): u Le nombre des tués, tant d'Allemands, \\ allons que de bourgeois, passa dix à douze mille hommes. » Le cardinal Bentivoglio [Guerres de Flandre, liv. IX) dit sept mille. Van Meteren ne va pas si loin ; selon lui, il en demeura bien quatre ou cinq mille de ceux de la ville. A. Van Meerbeek porte ce chiffre à sept mille. Le Journal (contemporain) de P. de L'Estoile indique « sept à huit mille personnes de morts, de tous âges, sexes et qualités. » Enfin, l'auteur du Brief recueil des choses mémorables, évalue {Mss, fol. 32) à plus de dix-huit mille le chiffre des morts. « Selon, ajoute-til, que Thomas Gramaye escrivoit lors d'illecq (Anvers) à un sieu ami, moy estant à Utrecht. » Écoutons encore la requête adressée quelque temps après, par les habitants d'Anvers, aux états généraux : « Ce massacre, disaient-ils, sera abominable tant que le monde durera, non-seulement pour la quantité indicible du sang innocent qui y a esté respandu, mais aussi pour les injures, tant secrètes que publiques, inférées aux corps et à la pudicité des pauvres captifs et captives, pires que la mort... »

lets, étaient conduits à la citadelle pour y être taxés ' . Les prisons mômes n'étaient point respectées. Le capitaine Gaspard Ortis s était installé dans le Steen et avait mis à rançon tous les prisonniers. Il rendait libres ceux qui pouvaient le satisfaire, et, sans se soucier des décrets de l'Inquisition, relâchait à ce prix luthériens, calvinistes, et jusqu'aux anabaptistes. De son côté. Roda finit par rançonner les blessés. Il enjoignit aux doyens des chirurgiens d'Anvers de remettre la liste des blessés qu'ils avaient soignés ou qu'ils soignaient, avec désignation de leur demeure, annonçant qu'il avait le droit de les emprisonner et dt confisquer leurs biens, parce que, selon lui, ils avaient reçu leurs blessures en combattant les Espagnols. Or il était avéré que la plupart avaient été, dans leurs maisons mêmes, victimes de la fureur des pillards ^.

Brantôme dit, avec vérité, que trois mille hommes <( butinèrent '> une ville assez riche pour rassasier une armée de cinquante mille hommes. Les soldats s'emparaient de tout, argent comptant, joyaux, vaisselle, meubles, etc. Gorgés de richesses, il se rendaient à la Bourse ou ailleurs et risquaient jusqu'à dix mille écus dans une partie. Les plus prévoyants ou les plus sages, dans l'espoir de conserver leur gain, faisaient faire de pur or la garde de leurs épées ou de leurs poignards. Ils faisaient même fabriquer, avec ce précieux métal, des corselets entiers, qu'ils avaient soin ensuite de brunir, pour ne point exciter des convoitises dangereuses. En résumé, le pillage seul coûta à la ville d'Anvers quarante tonnes d'or ou au delà de huit millions de florins (c'est-à-dire soixante millions de francs) ^.

' Annales antverpienses, t. 111, p. 336.

^ Mémoires d'aulcuns points qui passent en la ville d'Anvers. [Pièces curieuses touchant ks troubles des Pays-Bas, mss.)

' Laissons parler Champagney : « J'ai veu les lettres originales du facteur des Fugger, Momprot, qui estoit alors à Anvers, lequel escrivlt à ses

Page 1