‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 94 sur 103 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

quelque surprise ou danger, seront suspendus, jusqu'à décision ultérieure des états généraux, les anciens placards concernant l'hérésie, ainsi que les ordonnances criminelles faites par le duc d'Albe. Le prince d'Orange était maintenu en l'état d'amiral général et de gouverneur en Hollande et Zélande, dans l'île de Bommel et autres places associées, avec les prérogatives dont il jouissait. Les prisonniers détenus à cause des troubles passés seront relâchés sans payer rançon. Les confiscations ordonnées depuis l'an 1 566 seront abolies, et les biens séquestrés restitués à leurs possesseurs ou héritiers. On abattra et démolira les colonnes, trophées et effigies dressées parle duc d'Albe au déshonneur de ceux qui avaient pris les armes contre lui. Les biens ecclésiastiques seront restitués à leurs anciens possesseurs, à l'exception de ceux qui sont situés en Hollande et en Zélande ; quant à ces derniers, leurs détenteurs seraient tenus de payer des pensions viagères aux anciens bénéfîciers et religieux. Enfin, les pays, seigneuries et villes qui n'a^'aient pas encore adhéré à la cause nationale seraient privés des avantages résultant du présent traité, jusqu'à ce qu'ils eussent rompu à leur tour avec les étrangers pour se joindre à la confédération.

Pendant la lecture de ce projet de pacification, les catholiques ardents avaient eu peine à contenir leur impatience. Ils étaient scandalisés qu'il n'y eût point d'articles stipulant formellement pour la religion catholique et pour l'autorité royale. Ils finirent par censurer assez aigrement les commissaires, blâmant leur condescendance et leur faiblesse. Mais ceux-ci répondirent que, sans les concessions auxquelles ils avaient adhéré, la paix ne pouvait être conclue ' .

Les ultra-catholiques et les royalistes sincères pouvaient-ils se faire illusion? Non; car ils voyaient clairement que le traité

' Mémoire de Laurent Metsius.

négocié avec les agents du prince d'Orange humiliait Philippe II et détruisait en même temps l'ancienne prédominance du catholicisme. Gomment auraient-ils pu adhérer sans hésitation, sans angoisse, à un pacte qui suspendait, dans toutes les provinces des Pays-Bas, les édits punissant l'hérésie et qui maintenait, en Hollande et en Zélande, l'exercice public de la religion réformée, à l'exclusion du catholicisme? En abolissant les placards de Charles-Quint et les ordonnances criminelles du duc d'Albe, n'ouvrait-on pas la porte aux ministres d'Augsbourg et de Genève, aux factieux, aux bannis, aux exilés qui reviendraient en foule pour pervertir le peuple? Les hérétiques, n'étant plus retenus par les lois, sûrs de l'impunité, ne persévéreraient-ils point dans leurs erreurs? Ne s'efforceraient-ils pas de les propager et de ruiner le catholicisme ' ?

Oui, sans aucun doute , les concessions faites au prince d'Orange et aux réformés étaient considérables. Elles étaient si grandes, selon un contemporain, que, trois mois auparavant, le Taciturne n'eût jamais espéré en obtenir le tiers. Mais, si l'on voulait se soustraire au joug abhorré des Espagnols, si l'on voulait reconstituer en quelque sorte les Pays-Bas, il fallait bien contenter les vaillantes populations de la Hollande et de la Zélande, les combattants de Harlem , les héros de Leyde, les vétérans de Walcheren. Puis, il importait de ne pas oublier que, si l'exaction du dixième denier avait été le prétexte du soulèvement, la véritable cause, de l'aveu des catholiques eux-mêmes, fut la liberté de religion. G'était pour conquérir l'exercice libre de leur culte, que la Hollande et la Zélande luttaient, depuis 1 572, contre

' Renon de France, Mss, 3^ partie, chap, XI. — Discours sur les causes et remèdes des troubles et calamités des Pays-Bas, traduit du latin, de D. PiEiiKE DE Vuallon-Capelle, rellgicux de l'ordie de Saint-Benoît, par Nicolas de L'Ardeur, secrétaire du révérend cvêque de Namur (Liège, 1585), chap. XVIIL

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