LIVRE XII
le maître des Espagnes et des Indes. Le sang répandu à flots, loin d'étouffer la religion réformée dans ces deux provinces, l'avait fécondée.
Le prince d'Orange avait eu soin de rassurer ceux de son parti, principalement les ministres de Leyde, lesquels lui objectaient que cette convention ne serait que provisoire, qu'elle pourrait être annulée par une autre assemblée générale. Il répondit que cette autre assemblée générale ne se tiendrait pas de longtemps. Le calvinisme resterait donc le culte public et dominant de la Hollande et de la Zélande, tandis que le catholicisme conserverait la suprématie dans les quinze autres provinces. Mais de même que, en Hollande et en Zélande, les catholiques devaient être tolérés, de même, dans les autres provinces, les protestants, pourvu qu'ils ne se livrassent point à des actes publics, étaient à l'abri des anciens inquisiteurs. Le prince d'Orange aurait voulu davantage. Un de ses plénipotentiaires avait demandé formellement plus de liberté réelle pour les réformés qui habitaient les provinces dites catholiques ; mais cette ouverture n'avait pas été accueillie, sous le prétexte que ni le Brabant, ni la Flandre, ni les autres provinces ne demanderaient jamais un changement dans l'état de la religion. Le prélat de Sainte-Gertrude et le S'' d'Oetingen disaient aux plénipotentiaires hollandais : «' N'exigez rien là-dessus, en ce moment; soyons seulement d'accord pour chasser l'ennemi, et, le pays délivré, vous obtiendrez tout ce que vous voudrez. » Le prince n'insista point. Il savait bien qu'un jour viendrait où le traité de Gand pourrait être étendu, et, en attendant ce jour, il prévoyait que, partout, les peuples accueilleraient cette pacification comme le fondement de leurs libertés ^ .
' Apologie de Guillaume de Nassau, prince d'Orange, etc., passim. — Le Renarl découvert (Mons, 1580, in-S», sans pagiu.). — Discours contenant le vray entendement de la Pacification de Gand (imprimé en io"9) pp. 13 et 46.
Pendant deux jours, les catholiques ardents résistèrent, dans l'assemblée, au parti nombreux qui les interrompait par ce cri : <( Que la paix soit parfaite et arrêtée! ^ Le 2 novembre, les articles du traité ayant été de nouveau lus et proposés à l'agréation des états, certains catholiques voulurent encore manifester leur opposition ; mais on ne les écouta plus. Un gentilhomme déclara même à haute voix que le peuple réuni sur le Marché, devant l'hôtel de ville, massacrerait celui qui empêcherait l'approbation. Les voix furent ensuite recueillies par provinces, et, dans toutes, la pluralité se prononça pour l'acceptation du traité * .
Le 4 novembre, tandis que les mutinés d'Alost entraient dans la citadelle d'Anvers, le conseil d'État délibérait à son tour sur l'acceptation du traité négocié à Gand, Hésitant, lui aussi, il voulait, avant de le ratifier, que les états généraux déclarassent préalablement, et par écrit, qu'ils trouvaient bons et raisonnables les points et articles insérés dans l'acte. Bientôt les nouvelles du sac d'Anvers parvinrent à Bruxelles. Le peuple fut sur le point de se soulever d'horreur, d'indignation et de colère. Dans la ville, même près de l'assemblée des états, on entendait les (1 patriotes » s'écrier que le prince d'Orange devait être appelé pour présider à la guerre et gouverner le pays. Les états généraux se hâtèrent. Le 5 novembre, ils déclarèrent que, eu égard aux circonstances, ils trouvaient bons et admissibles les articles arrêtés à Gand. Le lendemain, les représentants du Brabant, de la Flandre, de l'Artois, du Hainaut, de Yalenciennes, de Lille, de Douai et d'Orchies, de Namur, de Tournay, du ïournaisis, d'Utrecht et de Malines déclarèrent accepter, agréer et approuver, sous le bon plaisir du conseil d'État, tous les points
' Mémoire de Laurent Metsius, évêque de Bois-le-Duc. — Ce prélat, qui était, ce semble, le chef de l'opposition catholique, avait été doyen de l'église de Sainle-Gudule, à Bruxelles.