LIVRE XII
et articles convenus à Gand entre leurs commissaires et les plénipotentiaires du prince d'Orange et des états de Hollande et de Zélande. Le même jour, le conseil d'État donna son approbation. Le S"^ de Fresin et Leoninus retournèrent à Gand, avec pouvoir de conclure, signer, jurer et sceller le traité, au nom de tous les états réunis à Bruxelles. Deux ou trois de leurs commissaires devaient ensuite être délégués pour prendre le serment du prince d'Orange, à moins qu'il ne l'eût envoyé de Zélande par écrit et acte public ^ .
Leoninus et Fresin, de retour à Gand, trouvèrent cette grande commune profondément agitée. Depuis quinze jours^ la grosse artillerie battait la citadelle de Charles-Quint, et le siège n'avançait point. Deux cents hommes, enfermés dans cette forteresse, tenaient en échec et menaçaient Gand. Le commun peuple murmurait hautement contre le comte du Rœulx et d'autres chefs wallons ; on disait qu'ils retenaient leurs bandes devant le château, pour ne pas aller au secours d'Anvers. Le 6 novembre, le magistrat appela aux armes tous les hommes de dix-huit à soixante ans. Deux brèches ayant été pratiquées le lendemain, le comte du Rœulx ordonna de disposer les troupes pour l'assaut. A onze heures de la nuit, par un beau clair de lune, trois mille hommes se rangèrent devant chaque brèche, tandis que les
' Résolutions des états généraux, t. !«••, p. 95. — Actes des états généraux, t. 1er, pp. 37 et 38. — Mémoire de Laurent Metsius. — On lit dans V Apologie de Guillaume de Nassau : « Ceux qui traictoient la pacification a\ecmes députés et ceux de Hollande et Zélande, en la traicfant, jetoient à la traverse tous les empeschemens à eux possibles pour la faire mourir en herbe : à quoy, sans contredit, ils fussent parvenus, s'ils n'eussent craint de tomber en danger, et si le peuple et toutes les provinces qui sentoient et prévoyoienl de loin ceste pacification devoir estre le fondement de leur liberté et la restitution de leurs anciens privilèges, ne les eussent, comme d'une voix, contraints à la conclure. »
bourgeois armés gardaient la ville. Mais les défenseurs du château, animés par la femme de leur gouverneur absent, Guillemette de Chastelet, et par son lieutenant, Antoine de Alamos Maldonado, résistèrent avec une héroïque bravoure aux troupes qui avaient tenté l'escalade. Celles-ci battirent enfin en retraite vers trois heures du matin ' .
Le 8 novembre, vers neuf heures du matin, tandis que les plénipotentiaires des états des Pays-Bas et du prince d'Orange se réunissaient à l'hôtel de ville, dans la salle dite de VArsenal, les batteries dirigées par le S'" de ïrelon recommençaient leur feu contre la citadelle. Au bruit de ces canons, qui faisaient crouler l'un des derniers « nids delà tyrannie espagnole^,» les plénipotentiaires, en présence des états de Flandre et de la plupart des notables de Gand, apposèrent leurs signatures sur l'acte qui était destiné (on l'espérait alors) à relever les libertés politiques et à préparer la liberté religieuse des Pays-Bas. A onze heures, les plénipotentiaires, es états de Flandre et les notables se dirigèrent vers le grand balcon. Quatre trompettes sonnèrent pour annoncer la paix. Puis lecture fut donnée au peuple du traité qui était destiné à une si éclatante célébrité sous la dénomination de Pacification de Gand '.
Le même jour, un nouvel assaut fut donné à la citadelle. Les
' B. DE Mendoça, Commentaires, liv. XVI, chap. II. — Van Meteren. fol. 126 V». -• Notice par P. Van Duvze. [Bulletins de l'Académie royale de nclijique,t.XXlU,pp. \13elsm\.). — Vlacmsche Kronijkof Dayreyistcr, gIc , p. 173. —B. Lopez écrivait à Gabriel Çayas (ciladelie d'Anvers, 7 novembre 1576), que le colonel Mondragon était dans ce château ; qu'il avait requis les Espagnols de marcher au secours de la citadelle de Gand, et que ceux-ci n'avaient pas voulu l'entendre.
^ Apologie de Guillaume de Nassau.
' Memoriebock dcr stad Ghcnt, à la date du 8 novembre 1576. —Vlaemsche Kronyk, p. 174. — L'original de la pacification de Gand, rédigé en français, fait partie des archives du royaume, à La Haye.