LIVRE Vil
et après qu'elles auraient reconnu l'autorité du Roi. 1! avait déjà quitté les Pays-Bas qu'il recommandait encore à son successeur d'ordonner à Noircarmes de ne traiter avec le prince dOrangc de rien de ce qui concernait les villes révoltées, mais, au contraire, de les désabuser, ainsi que tout le monde, de l'idée que jamais le Roi pouvait les recevoir en grâce par le moyen de Guillaume de Nassau '.
Requesens croyait aussi que les délits du prince d'Orange étaient si graves qu'il n'était guerre possible de les pardonner. Mais on pouvait agir différemment à Tégard de quelques-uns de ceux qui suivaient son parti et des villes qui reconnaissaient son autorité. Requesens proposait de les faire jouir du pardon général et d'y ajouter même quelques concessions, à l'exclusion toutefois de la liberté de conscience et de la faculté pour les ■ réformés de jouir, hois des Pays-Bas, des biens qu'ils possédaient dans ces provinces ; à l'exclusion aussi de la sortie des Espagnols et des autres sûretés que les adhérents du prince d'Orange exigeraient pour'l'exécution de ce qui leur serait promis. Les concessions consisteraient, outre le pardon aux hérétiques qui se réconcilieraient avec 1 Église, dans un certain délai dont jouiraient ceux qui sortiraient du pays pour qu'ils pussent vendre leurs biens-.
Noircarmes ne poursuivit point la négociation qu'il avait commencée. Soit qu'il fût mécontent de l'espèce de désaveu qui lui avait été infligé, soit que la blessure qu'il avait reçue devant Harlem le mît dans l'impossibilité de continuer ses rudes fonctions, il demanda d'être déchargé du gouvernement de la Hollande. Requesens, avec l'assentiment du Roi, le remplaça par
^ Le duc d'Albe au grand commandeur de Castille, du château de Bellefontaine (Bourgogne), le i" janvier i 374. {Correspondance de Philippe II, t. III, p. 2.)
* Requesens au Roi, 30 décembre 1573. [Ihid., t. II, p. 431.)
don Fernande de Lannoy, comte de la Roche, gouverneur de l'Artois. Noircarnies mourut à Ulrecht le 5 mars 1574, exécré des provinces dont il avait été l'oppresseur, et peu regretté même du Roi qui, pour satisfaire l'avarice de ce capitaine impopulaire mais redoutable, l'avait comblé de dignités et de faveurs. Sa mort laissa vacants les offices de gouverneur , grand-bailli et capitaine-général de Hainaut, de conseiller d'État, de chef des finances, de gouveineur de la citadelle de Cambrai, de grandbailli et capitaine de Saint-Omer , de chef d'une compagnie d'ordonnances, de prévôt, bailli et capitaine de Binche, etc. Quant à ses dépouilles mortelles, elles furent conduites et ensevelies en Artois ^
Requesens, lorsqu'il avait pris possession du gouvernement, avait écrit aux princes d'Allemagne. Berlaymont et le secrétaire Scharem berger, ce dernier chargé de la correspondance germanique, vinrent, à cette époque, lui communiquer les réponses. Elles déconcertèrent le successeur du duc d'Albe. Les princes d'Outre-Rhin déclaraient qu'ils ne feraient ritn pour le Roi Catholique s'il ne venait point dans les Pays-Bas, et ils disaient formellement que, si le Roi ne s'arrangeait point avec ses sujets, tout l'Empire serait obligé d'embrasser le parti des rebelles, à cause du préjudice que l'Allenjagne souffrait de cette guerre. Berlaymont et Scharem berger , voyant l'impression que ces déclarations énergiques produisaient sur l'esprit du gouverneur, lui représentèrent la nécessité de s'arranger avec les rebelles et d'avoir pour cela des pouvoirs illimités. Il leur répondit que, fût-il muni de pareils pouvoirs, il ne voyait point comment on pourrait s'accommoder avec les insurgés. Les ministres nationaux désiraient que le Roi pei mît à ceux qui ne voudraient pas
' Correspondance de Philippe II, t, III, p. 43.— Brief recueil des choses plus mémorables passées es Pays-Jias, etc., MS. foi. -19.