LIVRE VII (1574). 5G
vivre en catholiques dans le pays d'emporter leurs biens en le quittant. Cette proposition si modérée semblait encore exorbitante à Requesens. « Il me paraîtrait dur d'en venir, disait-il, à «c un pareil moyen : mais les ennemis se croient si sûrs du «i succès, que je ne sais même s'ils l'accepteraient \ »
Philippe ne fit point difficulté d'envoyer au grand commandeur un nouveau pouvoir ; mais il l'avait restreint par des instructions qui le rendaient inutile à certains égards. <i H n'est pas besoin, " lui disait-il, de vous avertir que, si l'on en venait à traiter de " quelque moyen d'arrangement, vous ne devriez prêter « l'oreille à rien qui pût être au préjudice de notre sainte foi « catholique, car jamais je ne ferai à cet égard la moindre con- «t cession, dussé-je perdre les Pays-Bas. Vous ne négligeriez «c pas non plus le maintien de mon autorité, réputation et sou- (I veraineté. J'ajouterai que, dans le cas de négociation et d'un <! arrangement, il faudra faire en sorte qu'ils aient lieu en « vertu du pouvoir que vous avez comme gouverneur général <i ne vous servant de celui qui vous est envoyé aujourd'hui que «1 si vous ne pouvez faire autrement, afin qu'il paraisse que t( vous agissez comme de vous-même, et non par suite de com- « mission et d'autorisation de ma part. » Il était également ordonné à Requesens de ne rien conclure, avant d'en avoir référé à Madrid, à moins que le délai ne lui parût ofîrir du danger ^.
L'occasion s'offrit bientôt de sonder les dispositions du prince d'Orange, et le grand commandeur s'empressa de la saisir.
En face de la ville de Bommel, occupée par les soldats du Taciturne, s'élevait le château de Werdembourg appartenant à une descendante illégitime du dernier duc de Gueidre, Femme
' Requesensau Roi, 8 mars 1574. [Correspondance de Philippe II, l. III, op. 31-34.)
2 Le Roi à Requesens, de Madrid, 31 mars 1574. [Ibid., t. III, pp. 45-47.]