‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 99 sur 131 · LIVRE VII (1574). 3G · texte numérisé non relu

LIVRE VII (1574). 3G

Il conseillait même de déposer les armes, dussent les réformés cherciier en d'autres contrées, avec une partie de leurs biens, la liberté de leurs consciences. Mieux valait, disait-il encore, renoncer à la patrie et aux biens de ce monde, mieux valait posséder son âme en paix dans un pays étranger que d'entretenir une guerre sans fin '. Guillaume consulta sur cette lettre inattendue les états de Hollande et, après avoir pris leur avis, répondit qu'il devait repousser l'insinuation de son ancien coopérateur, parce qu'elle conduirait à un traité désastreux, à un accord qui aurait pour conséquence plutôt la ruine entière que la conservation des Pays-Bas. Il protestait d'ailleurs qu'il n'avait pas pris les armes contre le Roi : il combattait, disait-il, les hommes pervers qui voulaient plonger le pays dans une servitude intolérable *.

Marnix, ayant été transféré au Vredenburg d'Utiecht, fut longuement interrogé dans cette forteresse par Noircarmes luimême sur les intelligences que le prince d'Orange avait eues avec les villes de la Hollande. Le prisonnier entra à cet égard dans des détails intéressants; mais surtout il tâcha, malgré la réponse peu satisfaisante du prince, de ne point afTaiblir l'espoir conçu par Noircarmes, qu'on pourrait aboutir à un accommodement. Noircainies demeura même convaincu que Marnix allait s'efïbrcer de ramener la Hollande sous l'obéissance de l'église romaine et du Roi ^. iMarnix voulait mettre un terme à la guerre, mais non livrer, comme une victime, la Hollande calviniste à l'Espagne. 11 adressa au prince d'Orange une nouvelle

' Pb. de Marnix au prince d'Orange, de la Haye, 7 novembre 1573. {Correspondance de Guillaume le Tacilurne, t. III, pp. 75 et suiv.).

* Le prince d'Orange à Ph. de Marnix, de Delft, 28 novembre 1573. [Ibid., t. III, p. 88.)

' Noircarmes au duc d'Albe, d'Utrecbt, 10 décembre 1573. (Ibid., t. III, pp. 369-373.)

lettre où il insistait sur la nécessité d'entamer des négociations avec le Roi. Il ollôguait que la persécution, quelque horrible qu'elle fût, produirait moins de maux qu'une guerre dont personne ne pouvait prévoir l'issue. Dans l'intérêt de la gloire de Dieu, il valait donc mieux transiger, lorsqu'il en était encore temps, que de rei)longer le monde dans le chaos. C'était pour n'avoir pas voulu s'accorder avec César que les Romains avaient perdu et le nom et toute Tapparence qui leur restait de la liberté de la république. Il ajoutait qu'il avait trouvé en Noircarmes une si bonne affection au bien et à la conservation du pays, qu'il ne faisait doute que ce seigneur, s'il en était requis, s'emploierait volontiers et fidèlement afin d'obtenir du Roi un accord satisfaisant. Quant aux assurances exigées par le prince et les états de la Hollande en garantie de cet accord, on les stipulerait lorsqu'un projet de transaction aurait été préparé *.

Noircarmes, après avoir rendu compte de la négociation à Requesens, demanda s'ii devait la continuer. Le nouveau gouverneur général répondit, le 29 décembre, qu'il avait paru au ducd'Albe et à tous les membres du conseil qu'il ne convenait d'admettre aucun traité par le moyen du prince d'Orange, mais que, si les villes révoltées voulaient implorer la miséricorde du Roi, on devait les écouter. H était enjoint à Noircarmes de se conduire en conséquence '^

Le duc d'Albe fut d'ailleurs peu satisfait des démarches de Noircarmes. Il soutint qu'il n'avait jamais entendu que ce dernier eût à faire des ouvertures au prince d'Orange, ni qu'il traitât avec les villes révoltées par le moyen de ce prince. Il devait négocier directement avec elles, soit en général, soit en particulier, et leur faire entrevoir leur pardon si elles le demandaient,

' Archives de la maison d'Oravge-Nussau, t. IV, pp. 28G-293. * Correspondance de Philippe 11, t. Il, p. 438.

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