‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 104 sur 131 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

puisqu'il n'aurait traité avec des sujets que pour les tromper. Le Roi étant bien informé de l'état misérable du pays, ainsi que des vrais remèdes dont il fallait user, pourrait, par sa grâce et sa clémence, faire, motuproprio, une déclaration par forme d'édit; si cette déclaration donnait les garanties nécessaires, les pays se soumettraient. Et une telle déclaration conviendrait mieux à la grandeur du Roi, aurait plus d'efïicacité et serait plus agréable au peuple.

Rente s'efforça de répondre aux objections du prince. Il devait considérer, dit-il, la puissance du Roi, les caprices de la fortune et l'inconstance du peuple. La conférence proposée ne pourrait préjudicier à la grandeur du Roi, puisqu'il ne s'agissait point de faire un traité formel, mais de réduire les provinces révoltées par voie de grâce; que, par conséquent, elle servirait à ouvrir le chemin et à préparer les moyens de la pacification. A l'égard du point de la religion, il suppliait le prince de ne pas insister, puisque, lui et les états réclamant le rétablissement des anciennes lois, il était plus que raisonnable que le Roi exigeât aussi le rétablissement de l'ancienne religion.

Le 3 juillet, Guillaume fit appeler l'émissaire des royalistes. Étant de nouveau seul avec lui dans sa chambre, il commença par rappeler, article par article, la proposition qui lui avait été faite. Il revint ensuite sur les causes de la défiance qu'il avait manifestée. Quoique cette défiance fît naître en lui un grand scrupule, que même les états eussent déjà rejeté une proposition analogue faite par le comte de La Roche, tant que les garnisons étrangères n'auraient pas quitté le pays, il consentait, dit-il, à la conférence, pourvu qu'elle se tint à Woerden, près d'Utrecht, ou au fort de Mondragon joignant Gertrudenberg ; là , ses députés indiqueraient leurs griefs, et supplieraient le Roi de rendre la tranquillité au pays. Il demanda que les députés à désigner par le gouverneur général fussent des nationaux. En ce

qui concernait le point de la religion, il persista, déclarant que, si la religion catholique était maintenue dans les provinces obéissantes, elle pourrait être établie en Hollande et en Zélande, moyennant que la religion nouvelle y subsistât. Cet arrangement ne serait d'ailleurs que provisoire et jusqu'à décision d'un libre concile. Bonté répliqua que le changement de religion ne pouvait être admis. Le prince répondit que le Turc, malgré son fanatisme, permettait toute espèce de religion, et que le pape lui-même tolérait les juifs, fl dit encore qu'il était temps que le Roi adoptât un autre système, car il voulait bien ne pas laisser ignorer que, si par la continuation de la guerre ou par des revers, les peuples de la Hollande et de la Zélande étaient réduits à l'extrémité, ils mettraient le pays en une main plus forte. » Le pays, ajouta-t-il, est une belle fille qui a beaucoup de prétendants. » Dans une troisième entrevue avec Bonté, il déclara que les députés de la Hollande pourraient s'abstenir de s'occuper de la religion. Il voulait même laisser ce point ù la discrétion des seigneurs belges, quoiqu'il redoutât l'impossibilité de faire entendre raison au peuple. Il demeurait persuadé, au surplus , qu'on ne pourrait aboutir à une bonne conclusion, si la liberté de religion n'était permise *.

Leoninus ayant remis le rapport de Hugo Bonté au grand commandeur, celui-ci envoya ce curieux document au Roi. Quant à lui, il trouvait les prétentions du prince rebelle d'une msolence extrême; il était surtout indigné, disait-il, du peu de confiance que le Taciturne témoignait avoir dans la parole des Espagnols, des sûretés qu'il réclamait pour entrer en négociation, et de la menace qu'il faisait de remettre en des mains plus puissantes les provinces qu'il occupait. Leoninus s'était cependant efforcé d'amener le grand commandeur à ne point fermer l'oreille

' \o\v Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. 111, pp. 388-392.

Page 1