‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 105 sur 131 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

aux ouvertures du Taciturne. Viglius et Berlaymont, avec qui Requesens en avait conféré, étaient aussi d'avis qu'il nommai des commissaires pour s'assembler avec ceux que le prince d'Orange désignerait. Mais Requesens résista. Il ne se promettait rien de bon d'une telle assemblée, qui ne servirait, selon lui, qu'à relever la réputation du prince d'Orange. Il n'avait d'ailleurs que peu de confiance dans tout ce que traiteraient les gens du pays. Ceux même qui montraient le plus de dévouement au Roi, sans excepter les ministres, désiraient, autant que les rebelles, la sortie des troupes espagnoles et l'affaiblissement de l'autorité du souverain. Tous redoutaient que la défaite des insurgés de la Hollande et de la Zélande n'eût pour résultat l'entière soumission des Pays- Bas à l'Espagne. Aussi Requesens persistait-il dans l'avis que la négociation devait être entamée sous les auspices de l'Empereur ou du duc de Bavière, c'est-à-dire d'un prince catholique et ami du roi d'Espagne ^

Le grand commandeur ne révéla rien de la commission qu'il avait donnée à Leoninus ; mais, au mois de juin, il chargea Champagney de se rendre à Utrecht près de son beau-frère don Fernande de Lannoy, comte de La Roche, successeur de Noircarmes dans le gouvernement de la Hollande, Ils étaient autorisés lun et l'autre, par une commission ostensible, à garantir à toutes les villes qui se soumettraient l'observation du pardon général, et à traiter aussi avec les individus qui étaient exclus de ce pardon, dans le cas où ils voudraient rendre au Roi un service signalé '^ De son côté, le prince d'Orange s'appliquait à empêcher que des copies du pardon ne parvinssent aux villes de Hollande. On prétendait même qu'il leur avait fait de nouveau jurer de ne pas

' Requesens au Roi, 25 juillet 1574, dans la Correspoii; lance de Pinlippe II, l. III, pp. 121-122.

^ Correspondance lie Pliilippc II, l III, p. flS.

580 SOULÈVEMENT DUS P\YS-n\S.

se séparer de lui, promettant, de son côté, de n'entrer en aucun arrangement, à moins que tous les Espagnols ne sortissent du pays. Il dissuadait en outre ses partisans de se fier à la parole des Espagnols, parce qu'ils professaient, disait-il, l'opinion du concile de Constance : qu'à l'hérétique on ne doit garder la foi '. Cédant aux instances de Champagney, deux Hollandais notables, qui s'étaient retirés à Utrecht, Jean de Matenesse, possesseur de plusieurs seigneuries, et Jean de Treslong, avocat à la cour de Hollande, consentirent à se rendre à Rotterdam près du prince d'Orange, sous prétexte d'affaires particulières. Ils partirent d'Utrecht le 1ô juillet, et arrivèrent le même jour à Rotterdam. Le lendemain, entre huit et neuf heures du matin, ils eurent audience du prince d'Orange. Ils lui exposèrent que, pour mettre un terme aux troubles, en observant le respect dû au Roi, les villes révoltées devraient adresser au souverain une requête, où elles le supplieraient de remédier aux maux que souffrait le pays. Ils lui firent observer que le changement survenu dans le gouvernement rendait cette démarche très-opportune Guillaume leur répondit qu'il désirait, comme eux, la fin des troubles et que le plus tôt serait le mieux, si l'on voulait éviter l'entière destruction du pays, mais qu'il ne voyait pas comment on pourrait contenter le peuple sur l'article de la religion, car le peuple et les bourgeois des villes étaient si attachés à la religion réformée, qu'il lui paraissait bien difficile de l'extirper; quant à sa personne, il était prêt, une fois les troubles apaisés, à se retirer du pays, si c'était la volonté du Roi. Il ajouta qu'il convenait de traiter de cette matière avec les députés des villes, et il donna en conséquence des instructions à Paul Ruys, avocat des états de Hollande. Le même jour, après dincr, six des

' Requèseus an Hoi, 1" juillet 1574. [Correspondance de Philippe II, 1 III, p. IKi)

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