‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 109 sur 131 · LIVRE vir f · texte numérisé non relu

LIVRE vir f

officiellement à la Reine le désir du Roi Catholique. 11 faisait d'ailleurs le plus grand cas de l'intelligence et du courage de Mendoça qui, après s'être distingué en Afrique, disait-il au Roi, avait servi continuellement depuis l'arrivée du duc d'Albe aux Pays-Bas, et s'était particulièrement signalé dans la dernière déroute du comte Louis de Nassau. Avant de partir , Mendoça demanda au grand commandeur d'octroyer la vie aux Anglaisqu'il tenait prisonniers, encore qu'ils fussent indignes de cette grâce, et de les renvoyer dans leur pays avec sauf-conduit. Ce procédé ne déplut point à la reine d'Angleterre; elle se montra disposée, de son côté, à recevoir les vaisseaux espagnols dans les ports et havres de son royaume, non par sympathie pour le Roi Catholique, mais parce qu'elle n'était pas en mesure de le combattre ouvertement. Bernardino de Mendoça reçut un très-gracieux accueil. Il remercia la Reine de la réponse favorable qu'elle avait déjà donnée touchant l'armée navale d'Espagne, et lui offrit, de la part du grand commandeur, les Anglais qui avaient été faits prisonniers dans la guerre de Hollande. C'était, prétendait-il, leur propre affection qui les avait conduits dans l'aimée du prince d'Orange, et il n'imputait point au gouvernement de la Reine cette blâmable coopération. Il ajouta que le Roi, son maître, ne désirait rien tantquede renouveler et confirmer les anciens traités d'amitié de la maison de Bourgogne avec l'Angleterre, et que des ordres étaientdonnés aux députés envoyés naguère dans ce pays, pour qu'ils accommodassent promptement toutes les difficultés survenues. Elisabeth, qui était entourée des principaux seigneurs de sa cour, montrait une grande satisfaction. Elle répéta qu'elle permettrait, le cas échéant, à l'armée navale d'Espagne d'entrer dans les ports de son royaume pour s'y ravitailler ; elle se montra leconnaissante du renvoi des Anglais prisonniei's, « non pour l'amour d'eux, dit-elle, car ils étaient dignes de châtiment, mais pour la considération que le roi d'Espagne lui témoignait. » Elle

(ijouta qu'elle serait trop ingrate si elle ne lui rendait pareils bons témoignages de son amitié, et pour lui faire foi, poursuivit-elle, de la confiance qu'elle voulait avoir en lui, elle ne mettrait dehors lui seul navire de guerre. Mendoça ne fut pas dupe de ces protestations. Il était persuadé que la reine d'Angleterre ne désirait point en son cœur que Philippe II exterminât les rebelles des Pays-Bas ; il savait qu'elle n'avait cessé jusqu'alors de les assister et de les secourir. Donc, si elle acquiesçait à la demande du Roi Catholique, c'est qu'elle ne voulait pas être contrainte , en refusant l'accès de ses ports, d'assembler une grande armée pour les défendre. Il était loin encore le moment où l'Angleterre oserait lutter ouvertement avec la puissance espagnole. Le peuple , cependant, était très-excité contre le Roi Catholique et désapprouvait, par de violents murmures , les concessions de sa souveraine '.

L'Allemagne contemplait, sinon avec autant de passion , du

' Requesens au Roi, de Bruxelles, lojuinet l^rjuillet, elle seigneur de Zweveghem aumême,dePlymouth, 13 août i574. [Correspondance de Philippe II, t. m, pp. lOS, M6 et 129.) — Voir aussi une longue et intéressante lettre, adressée, le 28 juillet, par l'ambassadeur La Mothe-Fénélon, à Catherine de Médicis. [Recueil des dépêches des ambassadeurs français en Anglelerre, t. VI, pp. -197 et suiv.). — Commentaires de Bernardiko de Meindoça, liv. XIL— Au surplus, Philippe II n'eut pointa mettreà l'épreuve le bon vouloir manifesté par la reine Elisabeth. Le 24 septembre, il écrivit à Requesens que Pero Menendez de Avilès, capitaine général de l'armée navale réunie à Santander, aprèsavoir attendu quelque temps les hourques qui devaient apporter des vivres de l'Andalousie, voyant que la saison avançait, résolut de mettre à la voile ; mais à peine une partie de la flotte avait-elle pris la mer, qu'il lui survint une fièvre violente, qui l'emporta le 16 septembre. Dans le même temps, un grand nombre de maladies se déclarèrent parmi les équipages de la flotte, ainsi que parmi les troupes qu'elle devait transporter aux Pays-Bas, et elles enlevèrent beaucoup de monde. Le Roi résolut alors de renoncer à l'expédition projetée. (Corres' pondance de Philippe II, t. III, p. '163.)

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moins avec autant d'anxiété que l'Angleterre, la lutte héroïque de quelques provinces des Pays-Bas contre le roi d'Espagne, Dans les premiers jours du mois d'août, l'archevêque-électeur de Cologne adressa au grand commandeur une lettre oti, après avoir discouru sur les dommages qui résultaient de cette guerre, il exprimait le désir de savoir si le représentant de Philippe II se prêterait à un accommodement. Le conseiller Foncq étant prévôt d'une des églises de Cologne, très-connu et ami de l'archevêque, Requesens l'invita à aller le trouver de lui-même, et sous le prétexte de visiter sa prévôté ; il manda ensuite à l'électeur que, voulant profiter de cette occasion, il avait chargé Foncq de le visiter et savoir de lui ce qu'il avait à proposer pour la pacification des Pays-Bas. Foncq eut avec l'électeur de Cologne des conférences assez intéressantes, le 24 août et les deux jours suivants. L'archevêque rappela la tentative infructueuse de 1572, et dit que, de l'avis des princes électeurs qui avaient des possessions, il fallait renouer la négociation que le duc d'Albe avait repoussée. C'était aussi, ajouta-t-il, l'opinion de l'Empereur et du duc de Saxe. En conséquence, il déclara à Foncq qu'on offrirait au grand commandeur plusieurs conditions qui seraient plus agréables au Roi que les précédentes , repoussées par le duc d'Albe. Mais il ne fallait pas se dissimuler que le prince d'Orange se montrerait plus exigeant, et voudrait que sa cause fût débattue devant des juges légitimes et non suspects. C'est ce que le comte Jean de Nassau avait lui-même déclaré six mois auparavant. L'archevêque ajouta qu'il convenait de mettre fin aux troubles de la Flandre, afin de faire cesser les plaintes que provoquait dans toute l'Allemagne la cessation du commerce par terre et par eau *.

Après le départ de Foncq, l'archevêque eut un entrelien avec

' Corresiiondancc de Philipiie 11, t. Il, pp. 132 et s-uiv.

le comte Jean do Nassiiu. Il demeura persuadé que celui-ci était très-désireux de voir son frère se réconcilier avec le Roi. Aussi pria-t-il Requesens d'accorder un sauf-conduit qui permît au comte de traverser les Pays-Ras, pour aller conférer avec le prince d'Orange. Mais le grand commandeur n'acquiesça point à cette proposition. Il ne voulut pas que l'on pût dire que la paix était en quelque sorte sollicitée par le Roi Catholique. Si, en Hollande, on avait envie de parvenir à la grâce du Roi et s'il était nécessaire que Jean de Nassau conférât sur ce point avec son frère, il pouvait se rendre auprès de lui par Embden. En outre, il ne convenait pas, selon Requesens, que le comte Jean se fit connaître des états de Hollande, de peur qu'ils ne fissent quelque secrète pratique avec lui, pour le choisir comme chef, en cas de mort du prince d'Orange ^

L'empereur Maximilien II désirait plus vivement que personne la pacification des Pays-Bas. Il s'était plaint hautement à la cour de Madrid que l'inflexibilité du Roi Catholique mettait l'Empire hors de la maison d'Autriche ; que la guerre de Hollande se prolongeant et l'agitation des Pays-Bas augmentant, il ne pouvait songer à convoquer une diète pour faire nommer son fils roi des Romains ^. On sait que Requesens, d'accord avec Philippe II, avait manifesté le désir que Maximilien II usât de son influence sur les rebelles pour les amener à se soumettre. Quoique l'Empereur eût préféré sans doute un arrangement plus prompt et plus direct entre Philippe 11 et les Pays-Bas, il ne refusa point sa médiation. Il résolut d'envoyer au prince d'Orange le comte Giinther de Schwarz bourg. Celui-ci eut d abord une entrevue en Allemagne avec le comte Jean, son beau-frère. Informé de cet

' Requesens à Viglius 18 septembre 4574. [Correspondance de Phili}>pe ll,\. tll.p. 103.)

^ Saint-Goard , ambassadeur de France, à lUiarles IX, de Madrid, -15 mai '1574. [Archives de la maison d' Orange-Nassau, t. V, p. 5.)

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